François Boucq explique trois planches de Jérôme Moucherot dans Télérama

François Boucq explique trois planches de Jérôme Moucherot dans Télérama

Chaque matin, ce tranquille assureur s’enfonce dans une jungle souvent hostile, confiant en sa débrouillardise. Cette fois, Jérôme Moucherot tente de retrouver son propre visage, effacé un beau matin… François Boucq, qui a conçu le mythique aventurier en 1984, commente trois pages de ses dernières péripéties.

Trente-cinq ans qu’il vit des aventures improbables, souvent surréalistes, dans des univers hostiles – parfois peuplés de ptérodactyles ! Jérôme Moucherot, agent d’assurances au seyant costume léopard, enquille une sixième aventure imaginée par François Boucq (Bouncer, Le Janitor). L’auteur lui a concocté un périple sur mesure, le lançant sur les traces de… lui-même. Une introspection foldingue et réjouissante, servie par un dessin virtuose.


« Nous sommes dans une chambre ; le réveil est la première chose que l’on voit. C’est un prologue à une aventure qui prend de drôles d’allures, le début du début. Le personnage principal, Jérôme Moucherot, a perdu son visage. Mais le lecteur ne le sait pas encore. Ma mise en scène vise donc à cacher sa physionomie. J’use de subterfuges pour masquer ses traits : son bras qui surgit pour arrêter le réveil, le drap qu’il soulève en s’asseyant, sa démarche balbutiante, montrée de dos, puis en contre-plongée pour figurer l’accablement de la réalité matinale… Il faut qu’en tournant cette page le lecteur se demande quelle apparence il a.

« “Mon personnage est revenu tout seul dans mes histoires : c’était comme s’il réclamait d’être dessiné. J’ai voulu lui faire plaisir, le maintenir en vie.” »

Jérôme Moucherot est un personnage entêtant. Je l’ai dessiné la toute première fois pour une histoire courte dans la revue (A suivre), en 1984. Il évoluait dans un lieu improbable, affrontait mille tourments, et cherchait à pallier toutes les embûches de la vie – j’en ai fait un assureur !

J’en ai eu l’idée en voyant des images de guerre à Beyrouth, des quartiers en ruines, où la végétation avait pris le pouvoir. Ces décors incroyables m’ont inspiré l’univers de ce personnage. Dont la vocation est donc d’assurer tous les risques : naturels, surnaturels, psychologiques… Il est revenu tout seul dans mes histoires : c’était comme s’il réclamait d’être dessiné. J’ai voulu lui faire plaisir, le maintenir en vie. J’aime son univers poético-fantastico-humoristique, très vaste. Pourquoi en inventer d’autres ?

Jérôme est un guerrier qui va à la conquête du monde, de l’extérieur. A la différence de sa femme, qui explore l’intérieur, fait la cuisine et s’occupe des enfants. Cette relation paraît improbable aujourd’hui, d’un autre temps. Elle vient sûrement de ce que j’ai pu voir quand j’étais môme. Et m’intéresse en termes symboliques : ce sont deux polarités, deux faces d’une même pièce, qui fusionnent quand elles se rencontrent. »


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