La légende arthurienne : un mythe bien vivant !

La légende arthurienne : un mythe bien vivant !

Le roi Arthur n’est plus. Qui règnera sur Camelot ?

Le roi Arthur meurt à la bataille de Camlann, mortellement blessé par Mordred, son fils bâtard et neveu félon, qui succombe également. Avec lui, c’est le rêve d’une Bretagne unie qui s’envole. Le royaume est bientôt en proie aux divisions, aux complots et aux guerres intestines. Il risque de sombrer dans le chaos, et Melehan, fils aîné de Mordred, compte bien en profiter pour monter sur le trône.

Mais certaines figures du règne d’Arthur refusent de baisser les bras. Bedwyr, l’un des derniers chevaliers de la Table ronde encore en vie, la reine Guenièvre, la Dame du Lac et sa fille Niève, Garran, fils cadet du traître, et même l’ambiguë Morgane unissent leurs forces pour sauvegarder l’héritage du défunt souverain.
Le scénariste Olivier Legrand et le dessinateur Álex Sierra s’attaquent à la légende arthurienne en proposant une fresque épique et sombre qui imagine ce que serait devenu le royaume de Bretagne après la chute d’Arthur Pendragon.

Dans une ambiance de fin du monde, et alors que les valeurs de la chevalerie semblent vaciller, les deux auteurs déploient une intrigue ambitieuse dans laquelle ils développent ou créent de nouveaux personnages, tout en respectant scrupuleusement le canon arthurien.

La légende arthurienne, un mythe bien vivant

Pour Olivier Legrand, le cycle arthurien, cet ensemble de textes initialement écrits à l’époque médiévale, tient une place à part dans la littérature occidentale. « La légende arthurienne est une mythologie unique, car c’est la seule encore réellement vivante, dans le sens où elle suscite énormément de romans, de bandes dessinées, de films, de séries télévisées… »

Lui-même participe aujourd’hui à ce souffle créatif perpétuel, acceptant au passage d’endosser le statut d’auteur apocryphe. « J’ai longtemps eu des scrupules à inventer des choses, en raison d’une volonté excessive d’orthodoxie par rapport au canon arthurien. Mais il ne faut pas raisonner ainsi, en premier lieu parce que les auteurs du Moyen Âge n’arrêtaient pas de créer de nouveaux événements et personnages. Je pense qu’il ne faut pas avoir peur de bousculer le mythe. En revanche, il faut avoir conscience qu’il s’agit d’un jeu d’équilibriste. »

Un principe auquel a immédiatement adhéré Álex Sierra : « Je trouve fascinant que la légende arthurienne se soit construite par strates, avec des générations d’auteurs, sur plusieurs siècles désormais, qui ont travaillé cette histoire pour développer ce monde. » À ce titre, l’idée de faire débuter le récit après la mort d’Arthur permet aux auteurs de faire un pas de côté. « Pour moi, ce projet était intéressant précisément parce que c’est une continuation du monde arthurien. Il commence au moment où tout semble se terminer », indique le dessinateur espagnol.

« Personne n’avait jamais vraiment abordé cette période en détails », ajoute le scénariste. « Il existe bien des épilogues dans bon nombre de romans médiévaux, mais ils sont plutôt destinés à expédier les survivants. » Ce champ libre permet notamment d’installer de nouveaux personnages, comme Niève, la fille de la Dame du Lac, ou encore Melehan et Garran, les fils de Mordred. « Nous souhaitions que ces créations soient porteuses d’un destin. Garran et Niève forment le duo moteur de la série. Le petit-fils du roi Arthur et la fille de la Dame du Lac : ce n’est quand même pas rien ! »

La bataille de Camlann

« J’ai beaucoup réfléchi à cette scène, à l’ambiance, à la tonalité que je voulais lui donner. C’est la séquence d’ouverture de l’album, mais c’est déjà un moment décisif. Si elle n’est pas bien travaillée, le risque de perdre immédiatement nos lecteurs est énorme. Nous avons un champ de bataille couvert de morts, et Arthur gisant au milieu, dans une posture christique. Évidemment, ces montagnes de cadavres constituent une exagération, qui visait à donner une vision apocalyptique de la fin d’un monde. J’ai beaucoup pensé à la peinture classique pour cette scène, mais également à Francisco de Goya, à leur façon de créer des décors de théâtre pour montrer que tout est perdu. »

La destruction de la Table ronde

« Ce moment est crucial d’un point de vue symbolique, car il achève de tuer Arthur. C’est l’humiliation ultime. Melehan et ses plus fidèles partisans font la fête autour de la Table ronde, sur laquelle gisent les têtes coupées de plusieurs chevaliers. Ils sont tous alcoolisés. Ils dansent dessus, ils la piétinent. Il y a un grand contraste entre ce que représente la Table ronde et la joie sauvage de ceux qui sont en train de la détruire. Ils vont trop loin, au point que cela prend des accents tragi-comiques. La scène atteint évidemment son paroxysme lorsqu’il met le feu à cet élément incontournable de la légende arthurienne. »

L’arrivée à Avalon

« Avalon est en dehors du monde réel. C’est un monde magique. J’ai utilisé la tradition de la fantasy, que je connais bien, à laquelle j’ai associé un rapport très particulier et fort avec la nature, quelque chose de païen. Il y a beaucoup de colonnes, mais il s’agit en réalité d’arbres alignés, comme dans un temple. J’habite à côté de la colline de Montjuïc, à Barcelone, qui comprend de nombreux espaces verts. Je me suis directement inspiré de ces alignements d’arbres. À Avalon, le sol est entièrement recouvert par la végétation. C’est un lieu où l’on peut ressentir la communion avec la nature. Je pense que les films du studio Ghibli, en particulier Princesse Mononoké, m’ont également influencé. »

Un regard féminin dès l’origine

Dès le départ, Olivier Legrand a souhaité donner aux personnages féminins un rôle important dans Après Arthur. Non par révisionnisme, mais parce que cette dimension est déjà présente, toutes proportions gardées, dans les textes médiévaux. « Même si beaucoup de gens pensent que c’est Marion Zimmer Bradley, dans Les Dames du Lac et Les Brumes d’Avalon, qui a amené ce regard féministe sur la légende arthurienne, elle a en réalité eu beaucoup moins de travail à faire que l’on pourrait le croire, car les femmes jouent un rôle très important dans la légende arthurienne. »

Morgane, Guenièvre, la Dame du Lac ou encore la mère d’Arthur sont des personnages riches, qui en disent beaucoup sur l’univers mental du cycle arthurien. « Bien entendu, certains personnages féminins un peu potiches n’échappent pas au cliché de la princesse dans la tour. Mais c’est beaucoup moins accentué que l’on pourrait le penser de prime abord, notamment vu l’époque à laquelle ces récits ont été écrits. »

Bon nombre de personnages féminins sont des éléments de résolution très actifs, y compris chez Chrétien de Troyes. Après Arthur s’inscrit dans cette continuité, avec une Morgane puissante et indépendante, une Guenièvre loin d’être passive, et une Niève qui constitue la personnalité forte du duo formé avec Garran.

Une passion ancienne pour le cycle arthurien

Scénariste de bande dessinée reconnu, notamment pour la série à succès Les Quatre de Baker Street, Olivier Legrand est aussi un spécialiste du mythe du roi Arthur. « J’ai commencé à m’y intéresser il y a plus de 40 ans, durant mon adolescence », se souvient l’auteur. « Dans le cadre de mes études de lettres, je souhaitais d’ailleurs faire mon mémoire de maîtrise sur la littérature arthurienne, mais cela ne s’est finalement pas fait, car mes professeurs trouvaient à l’époque le sujet peu sérieux. »

Devenu par la suite enseignant en lettres, il a mis quelques années à oser assouvir son désir d’explorer cet univers, avant de finalement publier Olwen, fille d’Arthur, un diptyque en bande dessinée qui imagine la destinée de la fille cachée du maître de Camelot. Sa nouvelle série, Après Arthur, constitue un récit encore plus ambitieux, dans le sens où il imagine comment l’héritage du roi légendaire a pu être sauvegardé par certains de ses proches et continuateurs.

La passion d’Olivier Legrand pour le cycle arthurien tient aussi au fait qu’il représente un certain idéal, sans pour autant céder au manichéisme le plus primaire, et avec des interprétations parfois très variables. « Arthur est un roi véhicule, c’est-à-dire qu’il incarne les valeurs d’une époque », développe-t-il. « Dans pratiquement toutes les versions modernes du personnage, l’accent est mis sur le fait qu’il amène la paix, et qu’il parvient à unifier les anciens ennemis. »

Une vision qui diffère de celle du Moyen Âge, époque à laquelle Arthur était surtout perçu comme un roi combattant qui, certes, pacifie la Bretagne, mais les armes à la main, en s’imposant d’abord par sa force et non par sa sagesse. « Du côté anglais, où l’on met beaucoup plus l’accent sur l’idée de souveraineté, Arthur fait quasiment partie du roman national, de par son rôle de roi unificateur », précise Olivier Legrand. « En France, il est au second plan, et il permet d’abord à ses chevaliers de jouer les premiers rôles, ce qui montre deux conceptions complètement différentes pour un seul et même personnage. »