Serge Le Tendre, scénariste

Serge Le Tendre

Ses parents auraient bien voulu qu’il fasse carrière dans la comptabilité, mais Serge Le Tendre savait que son avenir s’écrirait au fil des planches de bande dessinée. Dans cette visée, il intègre l’université de sa ville, Vincennes, pour y suivre les cours de GiraudMézières ou Moliterni tandis que, sur les bancs, il fait la connaissance de Juilliard et Loisel. Dès 1974, il publie des histoires courtes dans Pilote, mais c’est un an plus tard que paraissent les premières planches de son futur grand succès, La quête de l’oiseau du temps. Réalisée avec son compère Loisel, cette pierre angulaire de l’heroic-fantasy en bande dessinée sera reprise dans Charlie Mensuel en 1982, puis en albums. Entre-temps, Le Tendre s’est déjà fait un nom en collaborant à tous les grands magazines de l’époque : Fluide GlacialMétal Hurlant, etc. Sa carrière lancée, il ne s’arrêtera guère. Il est ainsi le créateur de héros aussi populaires que Jérôme K. Jérôme Bloche ou Chinaman. Multipliant les collaborations – il lui arrive fréquemment de partager sa plume avec un collègue scénariste – Serge Le Tendre fédère plusieurs générations de dessinateurs autour de ses scénarios dont l’ingéniosité le dispute à l’humanité profonde. ll signe aujourd’hui une nouvelle série, GOLIAS, aux éditions du Lombard.

Après La Gloire d’Héra et Tirésias, vous retournez une nouvelle fois dans l’Antiquité Grecque. Est-ce une période que vous affectionnez particulièrement ?

Comme pour tant d’autres enfants de ma génération, la lecture de L’Odyssée d’Homère m’a fait découvrir des mondes inconnus et anciens. Avec Jérôme Lereculey, notre souhait est de rendre hommage à ce fabuleux conteur en poursuivant l’exploration d’un univers fantastique où les Dieux et les humains s’observent, se jalousent, voire même parfois s’affrontent.

Le travail d’imagination a-t-il été plus important ?

C’est une question de distance au sujet. Adapter une mythologie exige plus de documentation, plus de fidélité au modèle, pour, ensuite, mieux s’en libérer. En inventer une est exactement le contraire. La liberté de création du début doit faire place, petit à petit, à un souci d’authenticité pour sembler crédible.

Dans quelle mesure, antiquité et fantasy sont-elles faciles à concilier ?

Depuis Homère, chaque auteur évoque les mythes selon ses propres critères artistiques, le public auquel il s’adresse et le contexte dans lequel il s’inscrit. J’ajoute : ces deux genres sont issus du même tonneau. Seule diffère l’étiquette !

Le mythe des Atrides a–t-il été l’une de vos sources d’inspiration pour cette famille fratricide, quasi incestueuse ?

L’histoire des Atrides n’est qu’une suite de crimes atroces et de trahisons perverses. Même si elle commence avec âpreté, l’histoire de GOLIAS déroge à cette règle car nous sommes plus attirés par le registre de l’aventure épique que par celui de la tragédie. La jeunesse de Golias, son humanité, sa soif d’idéal font toute la différence (même bien sûr si, parfois, le cher garçon est obligé de verser le sang pour sauver sa peau).

Pouvez-vous nous parler de Golias, le personnage ? Comment le voyez-vous évoluer ?

Golias possède le charme et l’insouciance de la jeunesse. Très vite cependant, il va perdre cette candeur. En échange, il gagnera en expérience pour, petit à petit, se transformer en ce héros de légende dont nos enfants chanteront les exploits à leurs petits-enfants.

Malgré les conflits et la violence, il y a aussi de l‘humour dans GOLIAS…

Si l’humour permet de prendre du recul sur ce que l’on vit, Golias en a autant besoin que vous et moi. Même ce bon vieux Thorgal – qui a traversé des épreuves bien plus rudes et sanglantes que notre jeune héros – a besoin de s’asseoir de temps en temps pour rigoler un bon coup.

Le surnaturel est un thème récurrent chez vous. Pourtant, dans Golias,  le mage Sarhan préfère se sortir d’un mauvais pas à coup de bâton plutôt qu’en faisant usage de pouvoirs magiques… !

Sarhan est un mage avant toute chose bien que certains le croient sorcier. En tant que tel donc, il soigne et conseille. Il connaît les légendes des Dieux et des humains. Nous ne lui connaissons pas de pouvoir magique. Son bâton lui est donc plus efficace au combat qu’un quelconque sortilège.

À l’origine, dans la mythologie gréco-romaine, la strige ou stryge est un démon femelle ailé, mi-femme mi-oiseau, qui pousse des cris perçants et s’en prend souvent aux nouveaux-nés. Vous avez repris le nom de strige pour l’animal au venin mortel, pourquoi ?

Ovide écrit : « Il existe des oiseaux voraces, à la tête énorme, aux yeux fixes, au bec aiguisé pour la rapine : leurs plumes sont blanches et leurs serres crochues. On les nommes stryges ». Il existe aussi ce démon femelle ailé, mi-femme mi-oiseau : la Sirène. Vous aurez tout le loisir d’en contempler quelques magnifiques exemplaires dans le tome 2.

Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur la Fleur du Souvenir ? Que se cache-t-il derrière ce nom ?

Dans le tome 2, Golias va devoir affronter, avec ses amis et à la pointe de son épée, bien des dangers. C’est seulement en découvrant l’Arbre de Cronos, où pousse la légendaire « Fleur du Souvenir », que sa véritable quête prendra tout son sens.

Pouvez-vous nous parler de votre collaboration avec Jérôme Lereculey ?

On se connaît et on s’apprécie depuis déjà pas mal de temps et on jubile à travailler ensemble. De plus, on est presque voisins et nos compagnes se tutoient. On est presque un clan.

Combien de tomes sont prévus dans ce premier cycle ? Avez-vous déjà en tête les prochains cycles ?

Ce cycle devrait trouver sa conclusion au 3ème album, cependant ce n’est pas la matière qui manque pour une suite.

Aussi – si les lecteurs acceptent ce rendez-vous – Jérôme Lereculey et moi-même  espérons bien vous conter cette nouvelle « Odyssée » encore une bonne dizaine d’années.

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