Tome 1 : Simoun Dja
La guerre menace à nouveau d’éclater en Terre-Sainte. Menés par Grégoire d’Arcos et par l’inquiétant Duc de Tarente, les Chrétiens s’apprêtent à reconquérir Jérusalem et à l’arracher aux mains du Sultan Ab’dul Razim. Le preux Gauthier de Flandres s’oppose à cette nouvelle campagne qu’il estime être une folie. Tous l’ignorent mais, dans l’ombre, agit le Qua’dj, un démon bien décidé à récolter sa moisson d’âmes guerrières. Face à ses sombres desseins se dresseront bientôt Gauthier et la ravissante, mais redoutable, Syria d’Arcos. 
Avant-Propos par Jean Dufaux
Commençons par l’histoire. Ouvrons les livres, mémoires, grimoires, afin que les mots puissent s’en échapper et se transformer en légendes, en rêveries, en oublis et en variations.
Ces rêveries qui nous menaient, enfants, à sécher les cours, pour écrire nos propres histoires et qui nous poussent, à présent, à entreprendre une croisade bien différente des autres même si elle en est le reflet obscur, le dessin hors du texte.
Justement, que nous apprenaient les textes ?
Qu’il y eut huit croisades. Huit pèlerinages militaires (bel exemple d‘oxymore !) en deux siècles visant à délivrer le Saint Sépulcre à Jérusalem.
C’est long, deux siècles. Chaque croisade témoigna de particularités propres. Mais toutes témoignèrent de la foi qui les habita, mêlant courage et cruauté, aberration et sainteté. Dieu, là-dedans, compta les morts. C’est une besogne sinistre. La guerre n’en permet jamais d’autre.
Lors de la première croisade (1096/99), on massacra d’abord des juifs, histoire de se faire la main. Cette croisade fut lancée par Urbain II. C’est celle qui vit Pierre L’Ermite parcourir villes et campagnes, soulevant sur son passage ferveur et abnégation.
Folie aussi.
Les croisés partirent sans discipline aucune, conduits par des chefs de guerre improvisés. 12 000 d’entre eux arrivèrent en Asie Mineure pour se faire massacrer aussitôt par les Turcs. Les barons (français, lorrains et allemands) réagirent pour lancer un second mouvement mieux organisé, mieux structuré, plus efficace. 30 000 hommes pénétrèrent en Asie, s’emparèrent de Nicée et d’Antioche.
Le 15 juillet 1099, Jérusalem tomba enfin.
La ville fut mise à sac et une grande partie de sa population massacrée (on garde les bonnes habitudes). Un royaume latin de Jérusalem fut créé sous l’autorité de Godefroi de Bouillon. Des ordres de moines-soldats (Hospitaliers et Templiers) formèrent l’armée permanente chargée de défendre les territoires conquis par les croisés. Parmi ceux-ci, il y avait le comté d’Édesse (ancienne ville de Mésopotamie) défendu par Baudouin, frère de Godefroi.
La deuxième croisade (1147/49).
Elle fut menée par le pape Eugène III qui chargea Bernard de Clairvaux de ranimer l’ardeur des Chrétiens. Les nouvelles étaient mauvaises, Édesse venait de tomber. Il fallait réagir. Conrad III et Louis VII emmenèrent l’expédition. L’empereur et le roi ne parvinrent pas à s’entendre et ce fut l’échec, chacun regagnant ses terres sans succès aucun.
La troisième croisade (1189/92).
C’est celle qui nous intéresse.
Fréderic Barberousse, Philippe Auguste et Richard Cœur de Lion y participent.
L’adversaire est de taille, il s’agit de Saladin, l’une des plus nobles figures de l’Islam. Il a reconquis Jérusalem, donné son unité au monde musulman. Barberousse meurt, Philippe Auguste rentre en France. Resté seul, Richard Cœur de Lion, malgré tout son courage et son habileté, ne parviendra pas à reprendre la Ville Sainte. Une trêve de 3 ans est conclue entre les deux adversaires. Mais la légende s’installe. Le combat qui oppose Richard Cœur de Lion à Saladin enflamme les imaginations, le chant des trouvères.
Les siècles passent, Walter Scott s’empare du sujet dans son beau roman LE TALISMAN, à l’esprit proche du film de Ridley Scott, KINGDOM OF HEAVEN. THE CRUSADES de Cecil B. de Mille nous livre un ahurissant portrait de Richard Cœur de Lion. Le retour de ce dernier en Angleterre, où Jean sans Terre a pris le pouvoir, donnera naissance à deux mythes : Ivanhoé et Robin des Bois. Enfin, n’oublions pas le KING RICHARD AND THE CRUSADERS de David Butler où Rex Harrison incarnait Saladin et George Sanders Richard Cœur de Lion. Comme on le voit, la légende avait pris le pas sur les faits. Il restait aux enfants à ouvrir les livres et à rêver.
La quatrième croisade (1202/04).
Initiée par le pape Innocent III, prêchée par Foulques de Neuilly.
Certains engrenages politiques poussent les croisés à combattre Constantinople en place de Jérusalem. La ville tombe. C’est le massacre, le pillage. Dieu est loin mais l’or tombe dans les sacs chrétiens.
La cinquième croisade (1217/21).
Dirigée contre l’Égypte (centre de la puissance musulmane), elle n’obtint qu’un résultat éphémère : la prise de Damiette.
La sixième croisade (1228/29).
Frédéric II de Hohenstaufen la conduit. Prince humaniste, il préfère traiter avec les musulmans. En 1229, un pacte est conclu avec Malik el-Kamil, neveu de Saladin. Les Turcs restituent Jérusalem, Frédéric II en devient le monarque. Avant que la Ville Sainte ne retombe aux mains des musulmans en 1244.
La septième croisade (1248/54).
Menée par Saint Louis. À nouveau, c’est l’Égypte qui est visée. Le roi marche sur Le Caire, écrase les Mamelouks. Mais la peste ravage son armée. C’est la retraite, Saint Louis est fait prisonnier. La rançon exigée pour sa libération sera énorme. La huitième croisade (1270). Saint Louis à nouveau. Il tente de convertir l’émir de Tunis. Son armée est ravagée par une épidémie. Le roi meurt le 25 août 1270.
Et c’est la fin, les croisades s’achèvent sur cette mort emblématique. Pour de bien piètres résultats.
Rêvons, pour finir, à ce que fut la croisade des Innocents, cette expédition folle de jeunes Allemands et Français qui rêvèrent de reconquérir Jérusalem en 1212 (entre la quatrième et la cinquième croisade). Tous périrent quasiment, de faim ou d’épuisement.
Et puis, il y a cette croisade, la nôtre, que nul livre d’histoire n’a voulu inscrire dans ses colonnes. Il paraît que la main du diable y est trop présente.
Mais n’est-ce pas le diable qui règne en maître sur les croisades, toutes les croisades ? Se cachant derrière la croix. Ou à ses pieds. Et alors, c’est l’ombre du Qua’dj qui se lève. Cette ombre maléfique qui sait ce qui se cache derrière les apparences, l’image reflétée par le miroir.
Les vents du Simoun Dja effacent toute ambition. Et les sables du désert ne recrachent que des os. On ne revient jamais intact d’une croisade.
Jean DUFAUX.
Aoùt 2007.
J’ai choisi, comme souvent, pour les quelques notes ci-dessus, de suivre mon cher Michel Mourre et l’édition première de son Dictionnaire encyclopédique d’Histoire en 8 volumes (Ed.Bordas).
Les deux auteurs dédient Croisade à Hermann. En toute simplicité et respect.
Merci à M. Jean-Jacques Chagnaud d’avoir apporté sa lumière sur notre histoire. Elle en fut magnifiée.

