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20 ANS DE LA COLLECTION SIGNÉ : LE CHANT DU CYGNE, L'INTERVIEW DE XAVIER DORIZON, EMMANUEL HERZET ET CÉDRIC BABOUCHE


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Afrika  -  À la recherche de Peter Pan  -  Histoire sans Héros  -  Le Chant du Cygne  -  Little Tulip  -  Miss Endicott

Le Chant du Cygne


couverture album

Le lieutenant Katz et ses soldats ne sont pas des lâches. Combattants aguerris, ils ont souvent surgi de leur tranchée pour charger sous la mitraille. Mais aujourd'hui, ils en ont assez. L'incompétence criminelle de leurs officiers menace une fois de plus de les emmener au désastre. Ils décident de déserter. Pas pour fuir, pas pour se cacher. Ils se rendront ensemble à Paris pour déposer une pétition au parlement au nom de leurs frères de bataille. Commence alors le plus beau et le plus désespéré des périples...

Les interviews

portrait auteur Dorison portrait auteur Herzet portrait auteur Babouche

Xavier Dorizon
Scénariste

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Emmanuel Herzet
Scénariste

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Cédric Babouche
Dessinateur

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chant du cygne illustration

Xavier Dorison

portrait auteur Dorison

Il est assez rare de voir deux scénaristes travailler ensemble sur la même BD. Comment vous-êtes vous rencontrés et d’où est née cette collaboration ?

Rare ?... Pas tant que ça. Pour ma part, ça m’est souvent arrivé. Quand à Emmanuel, notre collaboration est, au départ, une idée de notre éditeur, Gauthier Van Meerbeeck. Je lui avais demandé quelqu’un pour m’aider à développer le projet… Et Emmanuel a fait bien plus ! Non seulement, c’est un scénariste professionnel et sérieux, mais au-delà de ça on a partagé la même vision sur l’histoire et le même plaisir à l’écrire. Au final, c’est vraiment devenu notre scénario à tous les deux.

Vous avez choisi de traiter un thème qui a été largement exploité, à savoir la vie des soldats lors de la première Guerre Mondiale, mais de manière très décalée, que ce soit au niveau du dessin ou de l’histoire. Pourquoi cette décision ?

En fait, plus que la vie quotidienne des soldats, le Chant Du Cygne traite de la rébellion de quelques uns. C’est presque devenu un récit de « fugitifs » en 1917. Déjà, ça, ca ne s’était pas vu souvent. Et puis, en dehors notre intérêt pour l’époque, nous avions deux motivations. La première est à la fois graphique et sensible ; il s’agissait juste de retrouver le plaisir et la contemplation d’une campagne de 1917 baignée de soleil… Et cela, après un passage en enfer. Pour un peu, on serait presque dans « Milou en Mai » ! L’autre motivation était liée à l’envie de parler de ce fantasme qui serait la possibilité pour un petit nombre d’entre nous de pousser un coup de gueule auprès de nos dirigeants et d’espérer qu’il fasse changer les choses. On en a tous rêvé, non ? … Mais notre histoire montre que malheureusement la réalité est loin de ce doux rêve !

visuel extrait de la BD le chant du Cygne

Certains des soldats font le choix de signer la pétition de la Côte 108, visant à dénoncer les stratégies de commandement de leurs supérieurs, menant parfois à de véritables massacres, souvent évitables. Avez-vous eu écho de pareils mouvements ou est-ce complètement fictionnel ?

C’est en grande partie vrai. Il y a eu nombre de mutineries en 1917 et également des signatures de pétitions. Il y a même eu une compagnie qui a vraiment décidé de prendre ses camions et de monter sur Paris… Mais ils ne sont pas allés aussi loin que nos héros. visuel extrait de la BD le chant du Cygne

Le Boeuf, Pat, La Science, ou encore la Tiff, sont affublés de surnoms, parlent argot, et ont chacun une histoire et un caractère bien à eux. Comment avez-vous travaillé ces nombreux personnages ? Vous êtes vous inspirés de personnes réelles ?

Emmanuel et moi avons beaucoup lu sur 14 et sur les gens de cette époque. Nous ne nous sommes pas inspirés de gens spécifiques mais plus du « style » que l’on retrouve, notamment dans leurs lettres ou dans des témoignages tels que celui de Barbusse ou encore dans « les Croix de Bois ». Après, il s’agit surtout d’imaginer le meilleur éventail de caractères et de réactions face à la situation dans laquelle nous les avons mis.

Pendant une longue période, les soldats qui se sont battus dans les tranchées ont été considérés comme des hommes modèles, aux exploits héroïques. Depuis, des oeuvres de tout genre (cinéma, livres, etc.) ont tenu à dénoncer cette glorification, qui avait tendance à embellir la guerre.
Aviez-vous la volonté de vous inscrire dans cette démarche lors de la rédaction du Chant du Cygne ?

Nous ne sommes pas dans une démarche aussi « réaliste » que celle des « Sentiers de la Gloire » ou encore du « pantalon », deux films qui affrontent de façon très dure la glorification idiote de la guerre. Bien sûr que notre album ne tente pas d’embellir la guerre , mais je crois que la spécificité de notre approche est surtout d’aller chercher la noblesse chez les hommes, et pas dans les combats. Ce sont des gens qui pendant quelques jours vont reprendre leur destin en main et regagner un peu de fierté. Bon, ça fait simplement du bien de partager ça avec eux….

visuel dans le camion extrait de la BD le chant du Cygne

Au fil de l’histoire, on constate que les grades tendent à s’effacer, comme le souligne justement le lieutenant à la fin. Le fait qu’il soit confronté à ses contradictions donne à ce personnage un certain charisme. Qu’est-ce qui selon vous fait qu’un personnage est intéressant ?

Vaste question ! Vous pouvez rendre un personnage intéressant par le regard qu’il porte sur le monde, par ses compétences, par ses valeurs humaines et plus souvent par les contradictions qu’il porte en lui… Parfois, le simple fait d’entretenir un mystère autour de lui suffit à le rendre intéressant.
Quand à Katz, ce qui le caractérise le plus, c’est de se retrouver entre le marteau et l’enclume ! Précisément entre le système, sa fonction, son grade… Et ce qu’il ressent pour ses hommes.

Les personnages avec leurs intrigues propres sont nombreux : Pat, qui prend soin de sa patrouille ; la patrouille elle-même, qui a eu le courage de mener une action de rébellion ; ou encore le lieutenant, qui est sans doute celui qui a le plus à perdre. Pourquoi une telle galerie de personnages ? Y a-t-il un protagoniste principal, dans cette histoire ?

Pat’ et Katz sont clairement les deux principaux protagonistes. Mais si vous voulez montrer un large éventail de possibilités et de réactions dans la situation où se trouvent nos héros, il est impératif de montrer plusieurs protagonistes. Et puis, il s’agit de l’histoire d’un groupe, non ?

visuel pat katz extrait de la BD le chant du Cygne

Sans trop nous en révéler, pouvez-vous nous parler de l’intrigue et de la direction que va prendre le tome 2 ?

Nos héros ont fait leur choix et se sont lancé dans cette grande aventure. Ils vont mériter un peu de bon temps, ils vont souffler un peu, goûter à la vie retrouvée… Un peu de soleil, boire à une fontaine de village, reprendre un café, croiser une femme… Mais l’étau va se refermer sur eux et peu arriveront jusqu’au bout de leur grand rêve.

Merci, on l’attend avec impatience !

Quel type de lecteur êtes-vous ?

« Impatient ! J’aime être vite pris dans l’histoire et « accroché »… Je n’aime pas attendre 250 pages avant de savoir enfin ce que l’on va me raconter.  »

Quels films, romans ou BD, récentes ou non, vous ont particulièrement marqué ?

« Le prêteur sur gages » de Sydney Lumet vient de ressortir dans quelques salles. Un film quasi introuvable jusque là et qui fait partie des grandes réussites de Lumet. En BD, Saga tome 1. Il est rare de trouver à la fois une telle qualité « classique » d’écriture et une telle inventivité. »

Emmanuel Herzet

portrait auteur Dorison

Il est assez rare de voir deux scénaristes travailler ensemble sur la même BD. Comment vous-êtes vous rencontrés et d’où est née cette collaboration ?

Je ne sais pas si c’est si rare que ça mais qu’est-ce que c’est bon de scénariser à deux. C’est Gauthier qui m’a fait rencontrer Xavier et proposé une collaboration. La première rencontre s’est passée dans un café-brasserie, face à la Gare de Nord. J’étais dans mes petits souliers, je suis fan du travail de Xavier depuis longtemps. En toute simplicité, Xavier qui est charmant m’a mis à l’aise. Discussion à bâtons rompus, échanges autour de nos centre d’intérêts communs et on s’est quitté avec une catch-line proposée par Xavier : « des poilus vont à Paris pour dénoncer les offensives inutiles ».

Vous avez choisi de traiter un thème qui a été largement exploité, à savoir la vie des soldats lors de la première Guerre Mondiale, mais de manière très décalée, que ce soit au niveau du dessin ou de l’histoire. Pourquoi cette décision ?

Les mutineries sont un thème fort qui peut nous renvoyer à nos propres questionnements. Comment aurai-je agi à la place d’un tel ? En brave ou en lâche ? Combien de fois aurais-je obéi aveuglément avant de me dérober ? Avec Xavier, on voulait raconter une histoire d’hommes avec leurs forces et leurs faiblesses. Pour le dessin, on hésitait entre un trait réaliste ou semi-réaliste. On s’est dit que le réaliste serait trop évident justement et Xavier a alors dit : « Je connais quelqu’un … » Le décalage entre le graphisme de Cédric et la gravité du propos était séduisant, ce décalage offrait un vrai concept, une belle découverte et une surprise pour le lecteur. Le lyrisme et la poésie qui sortent de cet album nous renforcent dans le bien-fondé de ce choix.

Certains des soldats font le choix de signer la pétition de la Côte 108, visant à dénoncer les stratégies de commandement de leurs supérieurs, menant parfois à de véritables massacres, souvent évitables. Avez-vous eu écho de pareils mouvements ou est-ce complètement fictionnel ?

Au printemps 1917, la grogne dans les tranchées a été bien réelle. Mal perçue et analysée par les chefs et les premiers historiens, cette grogne s’est manifestée sous des formes variées : refus de monter au feu ou de marcher, meeting, défilés avec drapeaux… Comment devait-on considérer les participants ou les meneurs de ces mouvements de révolte ? Des mutins, des déserteurs ? Autrement ? La nuance était lourde de sens parce qu’elle pouvait théoriquement vous conduire au poteau. Des historiens dynamiques et talentueux remettent actuellement en perspective ce qu’on pourrait appeler les grèves des tranchées. Je citerais, entre autres, André Loez qui nous a écoutés et guidés dans certains de nos choix dramatiques. Et si les souvenirs de mes nombreuses lectures sur le sujet sont exacts, il y a bien eu un cas avéré de pétition mais adressée aux officiers d’un régiment et pas à l’Assemblée.

Le Bœuf, Pat, La Science, ou encore la Tiff, sont affublés de surnoms, parlent argot, et ont chacun une histoire et un caractère bien à eux. Comment avez-vous travaillé ces nombreux personnages ? Vous êtes vous inspirés de personnes réelles ?

visuel repas extrait de la BD le chant du Cygne

Une série chorale est difficile à mettre en œuvre parce qu’il faut que les personnages ne soient pas semblables. Ils ont évidemment un point commun, ils sont tous soldats. Et puis, on a des différences d’origine sociale et professionnelle. On a des citadins : un petit commerçant à son compte qui tente de faire tourner sa boutique ou un ouvrier aux abattoirs, plus anonyme, que la guerre révèle comme un meneur. On a ceux de la campagne, les hommes de la terre au bon sens paysan qui voient le gâchis des récoltes et des bêtes qui souffrent autant que les hommes et que ça rend malade. On a des hommes mûrs et durs déjà et des gosses précipités dans l’âge adulte par la force des choses. On a des héros nés et d’autres qui aimeraient tellement l’être mais qui ne trouvent pas en eux les ressources nécessaires. Et puis, on garde un peu de mystère autour de nos personnages. Qui était vraiment Larzac avant la guerre, par exemple. Nous, on le sait évidemment mais on ne le dit pas forcément. Pour le reste, je pense qu’on peut tous dire qu’un de nos aïeuls a été poilu. Bouvier, La Tiff, Katz, c’est inévitablement un peu de nos arrière-grands pères.

Pendant une longue période, les soldats qui se sont battus dans les tranchées ont été considérés comme des hommes modèles, aux exploits héroïques. Depuis, des œuvres de tout genre (cinéma, livres, etc.) ont tenu à dénoncer cette glorification, qui avait tendance à embellir la guerre.
Aviez-vous la volonté de vous inscrire dans cette démarche lors de la rédaction du Chant du Cygne ?

Les hommes modèles étaient avant tout des hommes ordinaires. Et en fait d’exploits héroïques, en dehors des corvées, exercices militaires et des charges meurtrières inutiles, la guerre se résumait à l’attente et à la peur omniprésente. L’horizon du soldat se limitait au parapet et à ce qu’il y avait au-delà, le plus souvent la mort. Le phénomène de glorification est dû à la propagande de l’époque. Il fallait tenir pour l’arrière ! Après la guerre, on a utilisé l’image des rescapés comme symbole de la force de résistance de toute une Nation. Les mutilés de guerre, par exemple, les soldats gazés ou les « gueules cassées », illustraient ce qu’un soldat citoyen pouvait endurer pour protéger la Patrie. Il fallait peut-être aussi justifier le traumatisme engendré par ces millions de morts, ces destructions et ces souffrances absurdes. Je crois que pour la majorité des principaux concernés, les fameux hommes modèles, la glorification de ce qu’ils avaient subi et de ce qu’ils avaient été obligés de faire subir ne les intéressait pas. Ils cherchaient à oublier. A son retour, une des première préoccupation de mon arrière-grand père, gazé en 1916, affaibli et amaigri, incapable du moindre effort physique, a été de bêcher son jardin, même en étant assis sur un tabouret si nécessaire. Mon grand-père, mobilisé en 194O, blessé à Anvers, répondait quand on lui demandait de raconter ses histoires de guerre : « Ce n’est pas intéressant tout ça. » et il retournait s’occuper de son pigeonnier. Je pense que ceux qui ont survécu cherchaient surtout à retourner à la vie, tout simplement. Je ne sais plus qui a écrit qu’il ne voulait pas être considéré comme un héros car il n’y avait pas de héros dont les habits ne soient trempés de sang. Et bien, nos héros sont un peu comme ça, ce ne sont pas des icônes de propagande ☺.

massacre boucherie dans une tranchée, BD le chant du cygne

Au fil de l’histoire, on constate que les grades tendent à s’effacer, comme le souligne justement le lieutenant à la fin. Le fait qu’il soit confronté à ses contradictions donne à ce personnage un certain charisme. Qu’est-ce qui selon vous fait qu’un personnage est intéressant ?

Si la recette existait, je n’écrirais que des personnages intéressants ☺. Je crois qu’on tient un personnage intéressant quand il est humain et qu’il se comporte en tant que tel, quand il agit et réagit comme nous pourrions tous le faire si nous étions confrontés aux mêmes situations que lui et, comme dirait Fabien Nury, quand on le fait souffrir.

Les personnages avec leurs intrigues propres sont nombreux : Pat, qui prend soin de sa patrouille ; la patrouille elle-même, qui a eu le courage de mener une action de rébellion ; ou encore le lieutenant, qui est sans doute celui qui a le plus à perdre. Pourquoi une telle galerie de personnages ? Y a-t-il un protagoniste principal, dans cette histoire ?

Pourquoi une telle galerie ? C’est la réaction de chacun au sein du groupe qui va permettre de révéler les différents caractères justement, et permettre de créer les conflits qui vont faire progresser l’histoire. Un type seul aurait enfilé sa cape et ses collants pour porter la pétition directement à l’Assemblée. Ç’aurait été moins intéressant, je trouve ☺. Je ne veux pas parler pour les autres mais, moi, je dis que c’est Pat’ le héros de l’histoire, je l’aime vraiment bien notre Pat’. Ce sont les conflits entre lui et Katz pour régler les problèmes qui font avancer l’intrigue.

Sans trop nous en révéler, pouvez-vous nous parler de l’intrigue et de la direction que va prendre le tome 2 ?

Une course contre la montre, la prochaine attaque est prévue dans 48 heures et il faut sauver les copains. A part ça, du sang, des larmes et du plomb. De la bravoure et des lâchetés parce que ce sont des hommes acculés. Et un tout grand Pat’ !

Et enfin, quels sont vos futurs projets au Lombard ou ailleurs ?

Essentiellement, la suite de ma série Duelliste et la sortie en 2015 des Prométhéens, écrit à quatre mains avec Henscher, autre auteur maison. On parlait tout à l’heure des joies de la co-scénarisation, en voilà un autre exemple. D’autres projets mûrissent dont un roman que je suis en train d’écrire et que j’espère pouvoir essaimer aux éditeurs l’été prochain.

Quel type de lecteur êtes-vous ?

« Un lecteur boulimique. Je lis de tout, tous les jours. Ça va du magazine auto en passant par la BD, des romans ou des bouquins historiques. Les actualités aussi. »

Quels films, romans ou BD, récentes ou non, vous ont particulièrement marqué ?

. « Au point de vue film, j’ai dernièrement revu avec beaucoup de plaisir La ligne verte et je me suis repassé le coffret de l’intégrale de Dirty Harry. La dernière sortie ciné date un peu, je crois que c’était Oblivion. Ah, et comme film marquant (pour moi) j’ai loué La vie de David Gale. Au point de vue roman, j’ai dépoussiéré Quand les aigles attaquent, d’Allistair Mc Clean, Totem de David Morrel et j’ai dévoré La religion, de Tim Willocks. Hâte de lire le suivant. Comme BD, L’or et le sang, juste parfait ! et 100 bullets aussi. »

Cédric Babouche

portrait auteur Dorison

Pouvez-nous nous relater comment est née votre collaboration avec Dorison et Herzet sur l’album le Chant du Cygne ? ?

Eh bien, ça s’est fait un peu dans mon dos ! J’enseignais à Émile Cole, où j’ai rencontré Xavier Dorison. Au cours de nos discussions, je lui ai parlé de mon envie de faire de la BD. Sans rien me dire, Xavier a présenté mes dessins à Gauthier Van Meerbeck, le directeur éditorial du Lombard. Gauthier avait quelques doutes concernant mon style qui est un peu atypique par rapport au sujet mais après avoir fait une planche test et quelques recherches personnages, il a été conquis.

Votre style ressemble beaucoup à celui de Miyazaki…

Je prends ça comme un compliment ! C’est assumé. Je travaille dans l’animation depuis 10 ans, Miyazaki fait partie de mes modèles. Avec Carlos Nine, qui est un très grand aquarelliste, ils ont grandement influencé mon dessin en BD, animation et en illustration.
L’objectif de cet album est de traiter d’un sujet difficile, la première guerre mondiale, avec un regard différent. Pour traiter un thème aussi dur, nous souhaitions un look plus léger avec de la couleur, de la lumière et de la fraîcheur.
Le décalage entre ton sérieux et visuel "enfantin" nous a semblé original. Par ailleurs, je suis très content de travailler sur un tel sujet. Mon univers de prédilection est très éloigné de la grande guerre : c’était l’occasion pour moi de faire de la bande dessinée dans un domaine où je n’étais pas attendu !

brouillard de guerre le chant du cygne

Comment avez-vous travaillé avec Herzet et Dorison ?

Une fois l’histoire définie, mes scénaristes ont fait un découpage case par case avec une description associée aux dialogues. Sur ce découpage, je peux donner mon avis et discuter de certains changements. Par exemple, ils ont fait beaucoup de pages riches en cases et en dialogues, ce qui a pu être complexe à gérer. Personnellement je suis plus à l’aise avec 6 ou 7 cases. J’ai donc ponctuellement demandé à fusionner des cases, ajouter une page ou réduire des dialogues lorsque ça me semblait pertinent pour l’histoire. Heureusement, l’agencement était totalement libre. Ce qui est génial avec Xavier et Emmanuel c'est qu’ils sont toujours à l’écoute de leur dessinateur et très flexible en fonction des remarques. C’est un vrai plaisir de travailler avec eux. Pour un 1er album, avoir un découpage fourni par les scénaristes est aussi une sécurité qui m’a vraiment rassuré. Katz, lieutenant du chant du cygne

Pour ce qui est du design des personnages, Dorison avait simplement décrit leur caractère avec des indications minimalistes de leur morphologie. Je me suis lancé, et ils ont presque tous été validés dès le premier jet ! Seul Katz a nécessité un peu plus de travail. C'est d'ailleurs le seul personnage avec lequel j'ai eu du mal sur l'album. Il m'arrivait de repousser la réalisation d'une planche parce que j'avais peur de le dessiner. C'était juste une question de prise en main, désormais c'est un bon copain.

Quelle scène vous a donné le plus de plaisir à dessiner ? Et laquelle vous a donné le plus de fil à retordre ?

explosion morvan le chant du cygne J'ai adoré dessiné la page 58, avec Morvan qui se tient, stoïque, devant l'explosion de la station essence. J'ai toujours rêvé de dessiner ce genre de scène totalement impossible avec un personnage à la pose héroïque. C'était d'autant plus un bonheur, que c'était une page pleine. Un bonheur pour mes pinceaux.
Celles qui m'ont posé le plus de soucis, sont toutes celles avec plus de 8 cases et avec de nombreux dialogues. Afin de bien saisir toute la complexité du propos, il était nécessaire d'être assez précis dans le récit et parfois j'avais énormément de textes à poser sur de nombreuses cases. Et comme j'aime l'espace, ce fut un exercice complexe grâce auquel j'ai énormément appris. Le tome 2 n'en sera que meilleur!

Le personnage du Puzzle est particulièrement effrayant… Comment parvient-on à créer ce type de personnage ? Vous aviez des sources d’inspiration ?

C'est le seul personnage pour lequel, à l'exception de son uniforme, je n'ai cherché aucune doc. Le nom du personnage m'a suffit. Le "puzzle"... Comment formaliser un personnage avec un nom pareil. Je suis parti de l'idée que ce personnage était presque mort, d'ou son visage squelettique et qu'il avait été rapiécé entièrement. Un obus l'a touché sur la partie droite de son corps. Son cerveau a probablement été touché, ce qui l'a rendu dur et insensible à la douleur. C'est un héraut de la mort. Il devait lui ressembler un peu mais avec toutes les cicatrices d'un être humain. Dans le tome 2, on découvrira qu'il est bien plus humain qu'il n'y parait. Mais ce qui est sur c'est que son physique devait donner l'impression qu'il est implacable. Quelle que soit sa mission, il n'arrêtera que s’il meurt...

méchant du chant du cygne

Comment avez-vous travaillé afin de représenter les uniformes, les armes, les voitures d’époque ? Avez-vous lu, vu, des oeuvres ou des documentaires spécifiques ?

J'ai passé pas mal de temps à regrouper des livres et des magazines pour que mes uniformes, armes et véhicules soient le plus justes possibles. J’ai regardé quelques documentaires de l'époque et quelques films. Je me suis également inscrit sur 2 forums spécialisés mais je me suis vite rendu compte que c'était très compliqué de satisfaire tout le monde. Une demande autour d'un uniforme de lieutenant pouvait créer des débats très (trop?) passionnés. Au bout d'un moment, j'ai décidé qu'il fallait accepter de ne pas être juste à 100% et se concentrer sur l'histoire que je devais raconter. J'ai tenté de faire ce qui me semblait juste tout en prenant quelques libertés pour que l'histoire fonctionne. La scène de bataille des tranchées par exemple, est inspirée du débarquement en Normandie dans « Saving private Ryan » de Spielberg. Une scène de la 2ème guerre mondiale. Je ne pouvais pas savoir, même avec la documentation que j'avais, à quel point cela devait être dur, violent, horrible pour ces soldats mais je me rappelle que cette scène de ce film m'avait donné une telle chair de poule, qu'il fallait que j'essaie de garder cette sensation en tête pour dessiner ces 4 pages.

Les personnages avec leurs intrigues propres sont nombreux : Pat, qui prend soin de sa patrouille ; la patrouille elle-même, qui a eu le courage de mener une action de rébellion ; ou encore le lieutenant, qui est sans doute celui qui a le plus à perdre. Pourquoi une telle galerie de personnages ? Y a-t-il un protagoniste principal, dans cette histoire ?

Personnellement, j'aime tous ces personnages. Ils ont tous quelque chose de fort et le tome 2 va le révéler mais j'ai une petite préférence pour Pat. Cet homme grognon mais touchant. Un homme qui préférerait que la France entière lui passe sur le corps plutôt que de voir ces hommes mourir. C’est une force de la nature. Un homme avec une volonté telle qu'elle déteint sur ses hommes. Même Katz, petit à petit, prend toute son ampleur grâce à lui. C'est le catalyseur du groupe.

Katz et Pat, deux personnages de la BD le chant du cygne

Enfin, avez-vous d’autres projets en cours ?

Je partage mon activité professionnelle entre le dessin animé et la BD. Côté dessin animé, je suis entrain de finir la réalisation d'un film de 52mn sur la jeunesse du magicien Houdini produit par ma société Dandelooo et qui sera diffusé sur France Télévisions pendant les fêtes de fin d'année. Nous espérons ensuite embrayer sur la série pour cette même chaine. D'ici la, je vais me lancer en 2015 dans la réalisation de la série tirée du long métrage Ernest et Célestine pour France télévisions également.

oeuvre Cedric Babouche Ernest et Celestine

Pour finir, je travaille sur mon 1er long métrage d'animation ainsi que mon 3ème court métrage.

oeuvre Cedric Babouche houdini oeuvre Cedric Babouche tout et rien

Côté BD, je commence actuellement le 2ème tome du Chant du cygne pour septembre ou octobre 2015. J'ai également développé, sur une magnifique idée et un scénario de Jérôme, un superbe projet, "Mitsuo", qui est sur le point de trouver son éditeur et que j'attaquerai au dernier trimestre 2015. Enfin, un 1er livre d'illustration, "Tout et rien", sortira aux éditions Clochette avec Maureen Dor au scénario le 9 Octobre prochain.

Quel type de lecteur êtes-vous ?

visuel murakami « Je ne suis pas un lecteur assidu. Du moins, pas de roman. Je m'intéresse à tout mais je ne suis pas quelqu'un de patient quand il s'agit de lecture. J'ai parfois de gros coups de coeur comme avec Haruki Murakami. Un seul roman va me donner l'envie de lire tous les autres. Mais ça se calme rapidement. Je lis beaucoup de comics et beaucoup moins de BD européennes qu'avant mais j'y reviens en ce moment.. »

Quels films, romans ou BD, récentes ou non, vous ont particulièrement marqué ?

. « Je suis un grand fan de Terrence Malick. J'ai récemment regardé à nouveau tous ces films et c'est un bonheur à chaque fois renouvelé. J'aime la manière unique qu'il a de filmer l'instant. Qu'il soit de l'ordre de l'humain, de la nature, de la sensation, c'est ma référence en termes de réalisation.

visuel tree of life

Miyazaki, évidement, qui m'a amené, avec Paul Grimault, à faire de la réalisation en film d'animation.
J’aime également beaucoup la photographie. J'adore aller au musée du jeu de Paume à Paris. La photographie est le médium qui m'inspire le plus quand je réfléchis à un projet. Je peux passer beaucoup de temps à feuilleter des livres de Gregory Crewdson, Lee Friedlander, Joel Meyerowitz ou André Kertesz pour n'en citer que quelques uns.
Enfin, je suis complètement admiratif de l'univers global qu'a crée Mignola autour d'Hellboy, BPRD, Abe Sapiens... c'est le genre d'univers que j'aimerais créer prochainement en BD. »

 

 

 

BABOUCHE CÉDRIC, DORISON XAVIER, HERZET
LE CHANT DU CYGNE