http://www.lelombard.com/bd-en-ligne/pandemie,3805

20 ANS DE LA COLLECTION SIGNÉ : AFRIKA, L'INTERVIEW DE HERMANN HUPPEN


logo 20 ans Signé logo 20 ans Signé Bouton Collection Bouton Auteurs Bouton Interviews Bouton 20 ans Signé

Afrika  -  À la recherche de Peter Pan  -  Histoire sans Héros  -  Le Chant du Cygne  -  Little Tulip  -  Miss Endicott

Afrika

portrait auteur couverture album Avec Afrika, l’auteur de Jeremiah revient à sa forme d’expression la plus brute : un one-shot à charge contre la sauvagerie de cette soi-disant humanité ! Conséquence logique d’une vie de révolte nourrie par ses lectures de jeunesse…

Vous vous êtes fait un nom avec des séries telles que Comanche, Bernard Prince ou Jeremiah. Néanmoins, depuis plus de 15 ans maintenant, vous réalisez nombre de one-shots…

Oui, c’est une rupture nécessaire avec la dynamique de série. Je peux réaliser deux albums par an. Mais si je ne me consacre qu’à ma série, j’ai peur de me constituer une mentalité sclérosée. Avec le temps, j’ai pris goût aux one-shots. C’est un peu mon arrière-cour, qui donne sur d’autres paysages. Je peux y aborder des sujets, y peindre des décors que Jeremiah ne me permettrait pas…

Afrika est-il parti d’une envie de nouveaux décors, justement ?

Non, l’envie de base vient de l’oreille attentive que je prête à la politique africaine. Cependant, il est vrai que je n’avais jamais abordé la possibilité de dessiner des animaux africains – un peu dans Missié Vandisandi, mais à peine. C’est quand même la faune la plus fantastique du monde !

Cette passion est-elle née de voyages sur place ?

Non. Je n’ai jamais voyagé en Afrique mais je passe beaucoup de temps devant les documentaires télévisés. J’ai même acheté des DVD sur le sujet. Mais un voyage n’était pas nécessaire : je ne suis pas un voyageur même si je peux parfois donner cette impression. Je suis comme une éponge et je m’imprègne assez facilement des ambiances que je vois. Ici, j’avais aussi envie de dessiner la forêt vierge – enfin, je triche un peu parce que si c’était vraiment une forêt vierge, on ne verrait pas les personnages se déplacer !

Dans cet album, vous mettez en perspective cette nature sauvage et la folie des hommes. C’est une manière de vous poser en défenseur de cette faune ?

Oui mais, entendons-nous, je n’ai pas spécialement de tendresse pour les animaux. La nature est belle, mais dure. À ce niveau-là, c’est comme l’humanité ! Il faut sans cesse regarder dans son dos. À tel point que, parfois, j’en ai ras le c… L’humanité, c’est beau comme un nid de scorpions, si vous voyez ce que je veux dire…

Un point de vue que semble partager Dario Ferrer, votre personnage… ?

Dario… Ce n’est pas un personnage fou, mais il est un peu coincé par la réalité du monde. Alors il décide de partir en apothéose…

Certains pourraient voir dans cette conclusion une justification du terrorisme…

C’est une forme de terrorisme mais on ne peut pas le mettre en parallèle avec l’autre. Ici, ça ne changera pas l’homme mais Dario choisit de partir en faisant quelque chose d’inutile, d’insensé. C’est un personnage implacable, très dur, même s’il n’est pas dénué d’une certaine sensibilité. N’oublions pas qu’il a été militaire. Il a fait le même boulot que les gars qui le poursuivent, alors il va au bout d’une certaine logique.

Et où se situe Hermann par rapport à Dario ?

J’ai de la sympathie pour lui. Evidemment, je suis moins rigide et moins solitaire – enfin, un peu, mais pas à ce point. Je ne suis pas terroriste, je ne le serai jamais, mais qu’on ne compte pas sur moi pour verser une larme à la mémoire des gens sur lesquelles il envoie se crasher son avion rempli d’explosifs. Tous ces riches qui, certes, créent de la richesse, mais aussi tellement de misère. Comprenons-nous : je ne suis ni de gauche ni de droite. Je refuse l’extrêmisme. Mais j’ai des révoltes !

Lecteur

« J’ai pas mal lu mais pas abondamment. Je travaille beaucoup, jusqu’à 11h le soir alors je lis un peu et puis mes yeux ne parviennent plus à comprendre. Je préfère me donner le temps et lire vraiment les livres… »

Ses ouvrages de référence :

« Il y a deux bouquins qui m’ont véritablement marqué : « Au bon beurre », de Jean Dutour, qui traitat de la fin de la guerre en France. Et surtout « Histoire de Georges Guersant » , par Jean Hougron. Je l’ai lu quand j’avais 22 ou 23 ans. Pour la première fois, quelqu’un me décrivait véritablement le bipède ! Ce livre m’a ouvert les yeux sur l’humanité. Ensuite, la boule de neige a continué de dévaler la pente en empirant. Je suis politiquement incorrect parce que je suis écoeuré. J’avoue éprouver un plaisir malsain à plonger l’humanité dans son caca. Mais je ne suis pas croyant : j’attends mon heure en espérant ne pas trop souffrir. On me reproche mon côté désabusé. Je réponds toujours : « Prouvez-moi le contraire »… »

Biographie

Herman Huppen est né le 17 juillet 1938 à Bévercé, un petit village belge de la région des Fagnes, dans les Ardennes, entre la frontière allemande et la ville de Liège.

Une enfance en guerre, une adolescence marquée par le souci de s'en sortir très vite tout seul et d'apprendre un métier: ébéniste. Après son apprentissage, il travaille quinze jours dans une ébénisterie avant d'aller chez un architecte. Il suivra des cours du soir de dessins en architecture et en décoration à l'Académie des Beaux-Arts de St Gilles.

A 18 ans, il s'envole avec toute la famille pour le Canada, où il se spécialise en architecture, et en aménagement de restaurant. Puis, quatre ans plus tard il décide de rentrer à Bruxelles. Mais le jeune Huppen, bien qu'il ait suivi des cours de dessin à l'Académie des Beaux-Arts, ne se destine pas encore à la bande dessinée. Étonnamment, c'est son mariage, en 1964 avec Adeline, qui le rapproche de la bd, car son beau-frère Philippe Vandooren, futur directeur éditorial de Dupuis, dirige alors une revue scoute à laquelle Hermann livre sa première histoire.
Remarqué par Greg, le jeune Hermann, est engagé pour un essai dans le studio du maître. Hermann travaille dès lors à mi-temps pour un architecte, et dessine l'après-midi.

Il réalise principalement des « Histoires de l'oncle Paul »

Greg écrit pour Hermann, à partir de 1966, la série qui établit d'emblée son talent incontestable dans la veine réaliste, Bernard Prince.
Après un détour par Jugurtha, dont il dessine les deux premiers albums, Hermann entreprend une nouvelle série avec Greg, le western Comanche dont la publication commence en décembre 1969.

En 1977, Hermann ressent l'envie de créer ses propres histoires. Il a toutes les cartes en main pour lancer et réussir sa première série solo, Jérémiah. De 1980 à 1983, il illustre également « Nic », une série publiée dans Spirou et scénarisée par Morphée (alias Vandooren).

En 1982, il réalise « La Cage » et la même année, il abandonne la série Comanche qui est reprise plus tard par Rouge.

En 1984 Il s'écarte momentanément les thèmes post-atomiques de Jérémiah pour créer "Les Tours de Bois-Maury", une fresque médiévale où son réalisme appliqué à une époque révolue fait merveille.
Exigeant, curieux, bosseur, Hermann ne s'accorde aucune facilité. Enclin à placer la barre toujours plus haut, il signe en 1991 son premier "one shot" : « Missié Vandisandi », qui est suivi en 1995 par le cri de révolte « Sarajevo-Tango », un album réalisé en couleurs directes dont la teneur historique et sociale lui vaut de recevoir le Prix Oesterheld.

En 1997, avec « Caatinga », le crayon d'Hermann se range une nouvelle fois du côté des victimes d'un certain ordre social, celui qui sévissait dans le Nord-Est brésilien des années trente.

En 1999, Hermann se replongera dans le western, le temps d'une BD, avec « On a tué Wild Bill ». Il en profite pour montrer comment il perçoit le monde impitoyable des pionniers du nouveau monde.

En 2000, avec la complicité de Van Hamme, il réalise « Lune de Guerre », une œuvre qui dépeint l'absurdité et la bêtise humaine. Puis, avec son fils, il dessine « Liens de sang » qui est une bd traditionnelle aux polars noirs, bien que dans cette album on note une machination démoniaque, remplie d'ambiguïté et de fausses pistes et un soupçon de surnaturel.

Bien qu'Hermann ait une carrière déjà bien remplie, il ne cesse d'explorer de nouvelles voies, d'utiliser des techniques novatrices afin d'arriver à exprimer ses idées les plus profondes.

 

 

HERMANN
AFRIKA