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INTERVIEW DE MIVILLE-DESCHÊNES, RUNBERG
SYLVAIN RUNBERG: INTERVIEWÉ POUR RECONQUÊTES

Pour ceux qui ne vous ne connaissent pas encore pouvez vous faire une présentation de chacun d'entre vous ?

 

Je m’appelle Sylvain Runberg, je suis scénariste de BD à plein temps depuis 6 ans maintenant, et ce premier tome de « Reconquêtes » est mon 26e album paru. Je travaille pour le Lombard (où j’ai déjà publié le thriller fantastique « les Carnets de Darwin ») mais aussi pour d’autres éditeurs (Dupuis, Dargaud, Glénat, Soleil, Futuropolis) et j’apprécie de pouvoir écrire des récits dans des univers différents, de la Science Fiction (« Orbital ») au thriller psychologique inspiré du manga (« Face Cachée ») en passant par l’aventure historique, teintée de fantastique (« Hammerfall ») ou purement réaliste  (« Jack »), la Fantasy épique (« Konungar »), la chronique contemporaine (« Les Colocataires ») ou le road movie mâtiné de rock indépendant (« London Calling »). Des environnements très divers mais où je m’attache toujours à partir des personnages, et à essayer d’oeuvrer à leur crédibilité. C’est ce qui compte pour moi en tant que lecteur et c’est donc ce que je veux retranscrire dans mes récits.   

 

Pourquoi avoir situé l'action au cœur des Hittites et des Scythes ? Comment vous est venue l’idée de ce projet ?

 

J’ai une maîtrise d’Histoire contemporaine et l’Histoire en général est une de mes source d’inspiration. Mais l’idée de base de « Reconquêtes » m’est venue alors qu’il y a quelques années je relisais un vieux « Conan le Barbare », personnage que j’aimais beaucoup étant enfant. Et je dois avouer que 25 ans plus tard, je ne trouvais plus vraiment le personnage très attachant, accumulant un peu trop de clichés pour un seul être humain (violent, misogyne, ne connaissant pas la peur).Je me suis dit que ça pourrait être intéressant d’élaborer un récit dans ce type d’univers,mais plus réaliste, en partant de ces peuples nomades qui vivaient plusieurs siècles avant notre ére, en Asie Mineure. Un mélange de réalisme historique et de personnages et créatures mythologiques liés à ces cultures que l’on intégrerait dans leur quotidien, tout en se gardant une marge de manoeuvre imaginaire sur le factuel (les batailles, les guerres, les alliances par exemple). Voilà les racines de « Reconquêtes ».

 

Comment avez-vous procédé pour concevoir le scénario de Reconquêtes? Des références vous ont-elles guidé ?

 

Au départ, j’avais écrit un synopsis du récit en quelques pages que j’ai envoyé à François, et après, nous avons toujours collaboré en ping pong. Je me charge des premiers écrits, séquenciers et découpages dialogués, que j’envoie à François au fur et à mesure et lui me donne son avis, ses remarques, tout en m’indiquant dans le même temps ses envies, les idées qu’il aimerait voir intégrer dans l’histoire. Une véritable collaboration qui a bien fonctionné malgré la distance et le fait que jusqu’à la sortie de ce premier tome, nous ne nous étions jamais rencontrés ! Pour ce qui est des références, elles sont d’abord historiques, de multiples essais sur les civilisations Scythes et Hittites, également les écrits d’Hérodote qui est l’un des premiers à avoir parlé des Sarmates, ce peuple connus pour leurs femmes guerrières qui allaient donner naissance au mythe des Amazones et que l’on retrouve dans « Reconquêtes ». Pour ma part, du point de vue de l’ambiance, de la crédibilité des personnages et de l’univers, des fictions télévisées comme « Rome » ou « Les Tudors » m’ont aussi servie non pas d’inspiration mais de bornes, pour garder le cap réaliste que l’on voulait donner à la série, même si l’imaginaire y a aussi toute sa place.

 

Comment vous êtes vous connus, et comment s'est déroulée votre collaboration? Je pense ici par exemple à la distance qui vous sépare tous les deux, entre la France et le Canada.

 

C’est moi qui avait contacté François par Internet il y a quelques années, alors qu’on cherchait encore un dessinateur pour la série « Hammerfall ». Mais il était toujours pris par sa série «Millénaire » et ne se sentait pas forcément inspiré par une série longue sur les vikings. Nous sommes alors restés en contact par Internet et puis un jour, il m’a demandé si je n’avais pas un projet qui pourrait l’intéresser, et comme j’avais déjà commencé à écrire « Reconquêtes », je lui ai envoyé, ça lui a plu et puis ensuite tout est allé très vite. Nous avons envoyé le dossier au Lombard un vendredi, et le lundi matin, Pol Scorteccia, éditeur au Lombard,  m’appelait pour connaître nos conditions afin de signer les contrats !

 

 On peut remarquer une attache toute particulière pour la représentation du corps humain, pourquoi? Qu’elles ont été vos inspirations ? Avez vous eu recours à des modèles?

 

C’ est évidemment François qui a le plus à dire sur la question. Mais nous avons eu des discussions à propos de la semi-nudité (poitrines nues, masculines comme féminines) ou la nudité complète, très présentes dans notre récit. C’était chose courante durant ces époques où le christianisme et sa morale n’allaient faire leurs apparitions que bien des siècles plus tard. Ces peuples avaient des rapports au corps et à la sexualité qui n’étaient pas forcément les nôtres, mais montrer des personnages guerriers dénudés, féminins notamment, aurait pu nous associer avec une certaine production qui aligne les jolies femmes et leurs poitrines sous des prétextes fallacieux, ce qui n’était absolument pas notre propos, notre récit s’adressant à un lectorat aussi bien masculin que féminin. Le fait qu’il y aurait des récits spécifiquement « masculins » ou « féminins » est un non sens pour moi. Il y a de bonnes et de moins bonnes histoires, voilà tout. Mais en même temps, on ne voulait pas se censurer non plus. Nous avons donc opté pour un certain réalisme, qui reste cependant bien en deça de ce qui se passait à l’époque. Pour le reste, il suffit de lire notre récit pour se rendre compte de notre démarche. Les femmes y ont un rôle central, comme souvent dans ces sociétés anciennes, et pas forcément en suivant les vieux clichés machistes associés en général à la « féminité ». Elles ne sont ni particulièrement soumises, douces ou patientes, entre autres choses.

 

On parle souvent du rite de l'écrivain afin de trouver son inspiration... et vous, avez vous des "rites" afin de vous mettre en condition d'écriture et / ou de création?

 

Un café avec une larme de lait avant de commencer ? Sinon, je travaille de manière régulière, 5 jours par semaine, de 8H du matin à 18h00 en général. Les idées, elles, peuvent vraiment surgir n’importe quand, il n’y a aucune régle, si ce n’est de ne pas les oublier ensuite (et pour le coup, le téléphone portable et son bloc note facilitent vraiment la tâche ;). 

 

Une petite révélation sur le prochain tome ?

 

Elle se trouve déjà à la fin du tome 1 de « Reconquêtes » (à condition de tourner la « fausse » dernière page de l’album !)

 

  |  FRANÇOIS MIVILLE-DESCHÊNES: INTERVIEWÉ POUR RECONQUÊTES