http://www.lelombard.com/albums-fiche-bd/the-regiment-l-histoire-vraie-sas/livre-1,3703.html
INTERVIEW DE CEPPI DANIEL
STÉPHANE CLÉMENT T13, L'INTERVIEW DE DANIEL CEPPI

Le diptyque entamé avec Le Piège Ouzbèke marque le retour de Stéphane Clément après une absence de 7 ans mais d'un Stéphane Clément plus passif...

 

Ce n’est plus le cas aujourd’hui, mais à l’époque - je ne sais pas si c’est l’âge ou une crise quelconque - j’avais un sentiment d’impuissance par rapport à ce qui se passait dans le monde. La montée du chômage, de l’extrême droite... Différentes choses dans le monde qui nous mettaient un peu tous dans un état d’esprit d’inquiétude ou de parenthèse…

 

Comment est née l'idée de ces deux albums ?

 

Les deux scénarios sont partis d’un article de journal du 29 mai 2004. Je m’y prends tellement à l’avance pour mes scénarios que ça date de presque 10 ans ! Les pays disent toujours qu’ils ne payent pas de rançon. Mais là c’était une première. Les Pays-Bas ont payé la rançon du délégué de Médecins Sans Frontières enlevé au Daghestan et se sont retournés contre MSF pour qu’ils remboursent.

Couverture de Le piège Ouzbèke

 

Dans L'Engrenage Turkmène puis Le Piège Ouzbèke, vous n'êtes pas tendre avec l'humanitaire...

 

Ce n’est pas sur l’humanitaire que je porte ce regard mais sur certaines personnes qui montent une association plus dans le but au départ de trouver vaguement une activité.  Elles se disent que c’est un bon créneau car il y a moyen de se faire facilement du pognon. On fait un peu pleurer misère dans quelques festivals ou autres et on trouve facilement de l’argent. En ce qui concerne l’ONG C.AH.O., qui n’existe pas comme vous l’imaginez, il y a plus de pognon qui va dans les frais de fonctionnement que dans la cause elle-même. Il y a énormément de petites ONG qui agissent de la sorte. Ce n’est pas un scoop, ça !

 

Vous dédiez le diptyque aux populations d'Asie Centrale pour leur "stimulante colère". Qu'entendez-vous par là ?

 

J'ai écrit ça avant mais ça représente un peu le mouvement actuel des Indignés. Ce que j’appelle leur stimulante colère... Les gens en ont marre de subir cette situation économique. L’Europe est une machine tellement lourde… Je comprends qu’il y ait des mouvements en Grèce, en Espagne, etc. La rigueur, la rigueur, la rigueur ! Il y a un moment où pour une vie normale, ça devient fou. Alors qu’on est dans des pays riches, on n'est pas dans le tiers monde.
J’en reviens à l’Asie centrale. Ces gens sont en colère. Mais pour les mettre suffisamment en confiance pour qu’ils osent parler, il faut du temps parce qu’ils ont peur. Ce sont des dictatures sévères. Il y a des dénonciations. Le voisin dénonce le voisin ! C’est du niveau de l’Allemagne de l’Est à l’époque, c’est terrible !

 

Deux nouveaux personnages, Vania et Joseph, font leur apparition dans le T13...

 

Ces personnages sotn intéressants car ils racontent comment ils vivent - en tant que Russes - en Asie Centrale. Cette haines des Russes depuis l’indépendance est palpable. Ils veulent faire table rase du passé. Le fait que tout les deux aient perdu leur boulot, c’est une réalité. Que les salaires ont été divisés par 10 lors de l’indépendance, c’est évidemment vrai aussi. J’ai rencontré un prof de Français à Tachkent qui gagnait 400 dollars sous le régime soviétique et qui est passé à 40 dollars à l’indépendance. 400 ce n’est pas beaucoup mais 40 ce n’est carrément plus rien car la vie est chère sur place.

 

Le diptyque marque également le grand retour de Scotfield... !

 

Couverture de L'engrenage TurkmèneQuand j’ai écrit L’Or Bleu et L’Ivoire de Sheila McKingsley, Scotfiel était en pleine malversation. Et à la fin, Lord Wilkinson lui dit, « Vous avez tellement merdé que vous ne trouverez jamais une place de balayeur aux îles Falkland ». Comme mon histoire se passait en Ouzbékistan, je me suis dis que Scotfield avait été mis au vert en Asie Centrale. C’était dans la logique de ce qui s’était passant avant. Plutôt que d’inventer un nouvel attaché culturel, c’est plus sympa de retrouver les mêmes personnages quand c’est crédible. Et puis le personnage, je l’aime bien aussi car j’ai une espèce de haine/amour avec lui. C’est un peu le Olrik de service !

 

Les Américains ont été chassés d'Ouzbékistan en 2005. Or l'histoire se passe après la mort du dictateur turkmène Niazov survenue en décembre 2006 mais les Américains sont toujours en Ouzbékistan. Une explication ? ;-)

 

La base de Termez était avant une base américaine mais depuis quelques années, ce sont les Allemands. Les Américains se sont déplacés au Kirghizstan. Mais ça m’arrangeait mieux que ce soit les Américains. Pour que Scotfield puisse travailler avec eux, ce ne pouvait pas être les Allemands. La CIA aurait très bien pu être dans la base allemande mais c’était trop compliqué. J’ai donc triché sciemment...

 

Êtes-vous plutôt "The Who" comme Stéphane ou Léonard Cohen comme Teri ?

 

Je suis vraiment très "Who" ! Je suis résolument rock ou blues ! La musique planante, tout ça, ce n’est pas mon truc…
À la fin du T12, Stéphane écoute dans sa tête, "Won’t get fooled again" des "Who". Et dans la première case du T13, Cynthia, écoute les paroles de "Quadraphonia" des "Who". Je voulais qu’il y ait ce lien aussi. La vieille américaine dans la première case du T13 sort tout droit du livret de "Quadrophenia". Dans le livret, il y a une même vue comme ça de bâtiments en long avec une vieille bagnole. Les bâtiments sont les vrais où habitent Cynthia et Stéphane à Belfast mais ça donne exactement la même image.
Ian Rankin - un auteur écossais de polars remarquables dont le héros est le commissaire Rébus - fait des allusions à la musique tout au long des chapitres. Et comme c’est la musique de l’époque que j’aime, toutes les années 70, j’aime bien cette corrélation. Ça situe un petit peu les choses. Ça donne une bande son à la BD.

 

Pour finir, la question traditionnelle : y a-t-il un album qui vous ait particulièrement marqué dans l’histoire du Lombard ?

 

Dans ma jeunesse, j’aimais beaucoup les CORENTIN, les tout premiers RIC HOCHET... Je les lisais assidûment. J’aimais bien les intrigues de Duchâteau, le côté polar. Et puis j’aimais bien les BERNARD PRINCE, là aussi les premiers. En 1960, pour mes 9 ans, j’ai reçu l’abonnement au journal Tintin. Ma seule référence BD, c’était le journal Tintin. À partir de l’âge de 12, 13 ans, je n’ai plus lu de BD, ça ne m’intéressait plus. J’adore en faire mais je lis autre chose !