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INTERVIEW DE QUEYSSI, TOCCHINI GREG
SECTION INFINI : PARFOIS, LE PASSÉ S'ÉCRIT AVEC L'ENCRE DU PRÉSENT

 
Lire un extrait de section infini titre parfois-le-passe-s-ecrit-avec-l-encore-du-present

1908. La femme de Pierre Charlet est assassinée. Son enquête personnelle ne lui apprendra qu'une chose : trop de mystères entourent son meurtrier, qui semble n'être que l'avant-garde d'un danger bien plus grand. Il fonde la Section Infini afin de lutter contre ce péril d'un genre nouveau.
2014. Anna Sorin poursuit le combat initié par son arrière-grand-père. Et la Section vient enfin de comprendre l'identité des « Pirates » qu'elle a combattus à travers le XXe siècle. Le véritable combat peut commencer !

 
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Comment est née la Section Infini ? Quelle a été l'impulsion de départ, la réflexion originelle ?

Il y a déjà pas mal d'années que la Section infini a pris forme... dans ma tête tout au moins. Et étrangement, tout est venu d'un coup. Un siècle de personnages et d'aventures s’est déversé dans ma tête brusquement.
J'ai passé un week-end à rédiger une sorte de bible qui a évidemment été fortement ajustée et retravaillée pour aboutir à la série qui existe désormais, mais l'essentiel était déjà là: les origines de la Section, la filiation des personnages, les adversaires, etc.
L'idée originelle était de faire une série historique... mais à ma manière. C'est-à-dire complètement décalée et ne ressemblant en rien à une série historique. Je voulais montrer l'envers des choses, la face cachée de l'histoire du vingtième siècle. Sans tomber dans un côté « théorie du complot » ou "men in black", il me semblait que l'on pouvait se frotter à des événements du siècle passé en les regardant d'une autre façon, sous un autre angle. Je voulais faire entrer dans la maison qu'est l'Histoire, mais en passant par la fenêtre après avoir brisé un carreau. Je crois que dans ma proposition initiale, la Section infini se proposait d'être l'allumette qui mettrait le feu à l'Histoire du siècle passé. Un regard punk sur l'histoire, quoi. Et l’originalité, là-dedans, il me semble, serait de regarder l’histoire par des événements ou micro-événements culturels ou politiques et pas forcément par de grandes pierres blanches. Inutile de traiter de l’assassinat de Kennedy, par exemple. Mais parler de la paranoïa ambiante sous Nixon en passant par l’expérience mystique de Philip K. Dick, voilà un truc qui me parle. Ou la condition des noirs dans le sud des États unis via la légende des bluesmen qui rencontraient le diable à un carrefour à minuit, alors là, ok. Ou même du Japon d’après-guerre à travers les robots géants. C’est ce mélange qui me plait et qui m’ouvre une porte (ou une fenêtre) pour parler d’histoire.

La série peut se targuer de personnages hauts en couleur, et très profonds.
Comment les définissez-vous ? Qu'est-ce qui leur donne leur consistance, selon vous ?

Les personnages principaux de la série sont le fruit d'un siècle d'histoire de la Section infini, mais ils sont aussi le résultat de leur histoire personnelle. C'est peut-être l'équilibre entre leur appartenance à l'équipe et leur vie personnelle qui leur donne corps. Dès le départ, j'ai voulu mêler le côté aventure, fun et idées folles avec un côté plus « terre-à-terre », quotidien. Les personnages ont une vie aventureuse incroyable, mais à côté, ils ont aussi une vie plus banale, avec leurs amours, leurs histoires personnelles, leurs traumas, leurs passions. Souvent, dans les purs récits d'aventures ou d'action, l'intériorité des personnages n'est guère exploitée. Or, il me semble que le mélange des deux éléments peut-être un moteur formidable à la fois d'intrigue et de profondeur des personnages. C'est ce que j'ai essayé de faire dans la Section infini. Car même si je suis un fervent tenant du travail sur l'intrigue et son architecture, ce boulot ne sert à rien si les lecteurs ne peuvent s'attacher aux personnages, avoir l’impression de les connaître intimement. Un difficile équilibre, mais qui me paraît essentiel.

section-infini-image-heroine-se-jette-par-la-fenetre Y'a-t-il, dans ce premier tome, des allusions précises à des références culturelles, etc ?

Oui, quelques-unes. On y parle notamment de Charles Fort, pionnier de l’étrange, qui a sans doute été le premier à recenser les phénomènes inexpliqués et qui est un personnage fascinant. On trouve aussi un poster de Terence McKenna, dans l’appartement d’Edgar. Encore un personnage étrange et passionnant, ce McKenna, capable de fournir des théories démentes dans tous les domaines et qui, si on en déroule le fil, peuvent offrir la base d’histoires complètement folles. Il y a des références plus subtiles aussi, que je laisse le plaisir de découvrir aux lecteurs. Disons simplement que les deux QG de la Section sont intéressants.

Les voyages temporels sont généralement aussi prisés que risqués pour un scénariste. Comment avez-vous abordé la question ?

De façon assez pragmatique, aussi étrange que cela puisse paraître. J’ai notamment lu la biographie de Ronald Mallett, un physicien contemporain dont le domaine de recherche est le voyage dans le temps et qui travaille sur une machine à remonter vers le passé. Son histoire est d’ailleurs assez intéressante, car c’est à cause du traumatisme dû à la mort de son père lorsqu’il était enfant qu’il a décidé de se lancer dans de telles recherches. C’est très romanesque et pourtant vrai. J’ai aussi fait appel à un physicien et à un géologue de ma connaissance (tous les deux sont d’ailleurs remerciés dans l’album) qui m’ont fourni des bases scientifiques me permettant de faire fonctionner le non, je ne peux pas trop en dire. Ces réponses apparaissent dans le deuxième tome. Bref, j’ai essayé d’être le plus précis possible sur le voyage dans le temps. Au niveau de l’intrigue, le voyage dans le temps me permet surtout de confronter de manière frontale les personnages de la Section actuelle au passé. Là encore, je ne peux pas trop en dire pour ne rien dévoiler aux lecteurs, mais j’ai voulu jouer sur l’effet de désorientation qu’induirait, il me semble, l’utilisation d’une machine temporelle si elle existait. Dans le premier tome, le personnage perdu dans le temps est complètement déboussolé, tout comme l’est Anna à la fin du premier tome. C’est ça qui m’intéresse aussi, dans le voyage dans le temps, cette perte des repères des personnages.

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La série peut se targuer de personnages hauts en couleur, et très profonds.
Comment les définissez-vous ? Qu'est-ce qui leur donne leur consistance, selon vous ?

Les personnages principaux de la série sont le fruit d'un siècle d'histoire de la Section infini, mais ils sont aussi le résultat de leur histoire personnelle. C'est peut-être l'équilibre entre leur appartenance à l'équipe et leur vie personnelle qui leur donne corps. Dès le départ, j'ai voulu mêler le côté aventure, fun et idées folles avec un côté plus « terre-à-terre », quotidien. Les personnages ont une vie aventureuse incroyable, mais à côté, ils ont aussi une vie plus banale, avec leurs amours, leurs histoires personnelles, leurs traumas, leurs passions. Souvent, dans les purs récits d'aventures ou d'action, l'intériorité des personnages n'est guère exploitée. Or, il me semble que le mélange des deux éléments peut-être un moteur formidable à la fois d'intrigue et de profondeur des personnages. C'est ce que j'ai essayé de faire dans la Section infini. Car même si je suis un fervent tenant du travail sur l'intrigue et son architecture, ce boulot ne sert à rien si les lecteurs ne peuvent s'attacher aux personnages, avoir l’impression de les connaître intimement. Un difficile équilibre, mais qui me paraît essentiel.

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Scénariste : queyssi

Dessinateur : Tocchiny