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INTERVIEW DE LEGRAIN THOMAS
RENCONTRE AVEC LEGRAIN

Thomas Legrain est le dessinateur de Sisco, un polar haletant de la collection Troisième Vague. Son style ultra réaliste permet de donner corps à ce nouveau genre de héros. Rencontre.

 

C’est la première fois que vous travaillez avec Benec. Qu’est-ce qui vous a décidé à faire partie de l’aventure Sisco ?

Après avoir fait mes armes chez Glénat et Casterman, j’avais besoin de faire un projet correspondant vraiment à mes goûts artistiques. C’est là que Benoit m’a présenté le projet de Sisco, dont le premier diptyque était déjà entièrement découpé et dialogué. C’est rare de recevoir de la part d’un scénariste amateur un projet complet, et ça m’a montré à quel point Benec avait une grande capacité de travail et ne prenait pas les choses à la légère. Ensuite le projet me convenait à la perfection : un personnage central charismatique et à contre-courant dans le style du thriller politique (j’adore les vrais anti-héros), des personnages secondaires très travaillés, une intrigue simple mais terriblement fluide et prenante, ainsi que des dialogues très bien écrits et tranchants, avec ce zest de second degré qui m’amuse beaucoup. Bref le travail de Benec m’a séduit d’emblée et il n’a pas été le premier lauréat du prix Raymond Leblanc pour rien…
Pour couronner le tout, malgré un talent déjà bien établi, il a encore une belle marge de progression devant lui, ce qui s’est confirmé selon moi dans le 2ème diptyque qu’il a déjà écrit en grande partie.

 

Vous possédez un coup de crayon très réaliste. Comment opérez-vous pour composer des décors aussi minutieux tout en gardant un graphisme très stylé ?
Vous passez beaucoup de temps sur les lieux où se déroulent les scènes pour faire des croquis ?

Pour les décors, comme la grande majorité des dessinateurs très réalistes, je me base essentiellement sur des photos que je prends moi-même sur place. C’est indispensable pour atteindre un niveau maximal de détail, ce qui est mon leitmotiv. Pour certains décors compliqués et pour les voitures, je travaille à la table lumineuse, mais uniquement pour reprendre les perspectives (c’est un gros gain de temps) et toujours au crayon, très succinctement, pour ensuite rentrer dans les détails sans la table lumineuse. Cela me permet de me réapproprier l’image pour ensuite passer à un encrage égal entre les personnages et les décors. J’essaye ainsi d’éviter le piège d’un réalisme trop photographique, qui ne correspondrait pas à mes personnages qui eux, sont faits d’une manière normale et ne sont pas ultra réalistes. C’est indispensable pour créer un univers graphique cohérent. De plus, étant autodidacte, j’ai choisi mes influences et ma manière de bosser, d’où un style qui reste, je pense, personnel et cohérent.
Mais bon, je crois que ma manière de travailler comme dessinateur réaliste est finalement assez classique.

 

Comment vos études en criminologie vous aident-elles lorsqu’il s’agit de retranscrire le lieu de crime ? Mettre en scène un scénario complexe de façon aussi pointue demande beaucoup de recherches en amont ?


La criminologie, fort axée sur l’étude du phénomène criminel d’un point de vue sociologique et psychologique, n’a pas grand-chose à voir avec ce qu’on appelle la criminalistique, qui correspond d’avantage à l’analyse scientifique d’une scène de crime. Et la criminalistique s’apprend dans des formations policières, pas à l’Université. Je n’ai donc pas beaucoup plus de compétences dans le domaine que monsieur tout-le-monde, et ce n’est pas vraiment essentiel dans Sisco qui est une série avant tout tournée vers le thriller/actionner plus que vers le policier ultra-réaliste.
Pour le reste, mettre en scène les scenarii de Benec me semble très naturel et me pose très peu de difficultés. C’est une question de feeling entre le scénariste et le dessinateur.

 

Comment définiriez-vous les techniques que vous utilisez ? Plutôt traditionnelles, modernes ?

Comme je l’ai dit plus haut, ma manière de bosser est très classique, bien que j’encre au marqueur, ce qui est peut-être plus rare. Je n’ai jamais bossé autrement, j’utilise toujours les mêmes marqueurs basiques depuis que j’ai commencé à encrer mes bds (vers 13-14 ans) et mon porte-mines est le même depuis mes 12 ans ! Le marqueur est un peu casse-gueule parfois, mais comme j’ai toujours utilisé cette technique, j’ai fini par bien la maîtriser, à ma manière.

 

Comment voyez-vous votre évolution graphique pour les années à venir ? Vous comptez évoluer encore dans le réalisme, tenter d’autres expériences graphiques ?

Je compte d’abord continuer à m’améliorer dans mon dessin réaliste, qui n’est pas exempt de défauts, loin de là. Le réalisme est un style rigoureux qui demande beaucoup de travail, d’expérience et de maturité. Si je pense être arrivé à maturité dans Sisco, il y a encore quand même plein de choses à améliorer (je dirais même qu’il y aura toujours quelque chose à améliorer et c’est bien ça qui rend ce métier amusant). La seule autre expérience graphique qui m’attire, en sachant que je ne pense pas faire un jour autre chose que du réalisme, serait de travailler uniquement en noir et blanc, alliant à la fois des à-plats de noir et des grisés tramés (que j’utilise déjà dans Sisco, bien qu’ils soient peu apparents une fois colorisés). Mais bon, je n’en suis pas encore là, ma priorité actuelle, c’est de dessiner au mieux les scenarii de Benec, ce qui me satisfait déjà pleinement.

  |  SISCO T6, LA MINUTE DE THOMAS LEGRAIN !