http://www.lelombard.com/bd-en-ligne/dalle-rouge,3821
INTERVIEW DE DERRIEN
POKER: INTERVIEW DE JEAN-CHRISTOPHE DERRIEN

 Peux tu nous résumer « Poker » : d’ou vient ce projet ? Pourquoi ce sujet un peu particulier dans le milieu de la bande dessinée ?

Au début, j’avais eu une discussion  au cours d’un repas avec mon éditeur et je lui avais parlé de mon envie de parler de l’univers des casinos. Je n’étais pas joueur à l’époque mais cela me fascinait beaucoup.  On en est cependant resté là.  Le projet ne s’est pas fait tout de suite. Mon éditeur m’a rappelé un peu plus tard pour me parler d’un projet promotionnel autour du poker. Un projet 180 degré où il y avait à la fois une série TV, un jeux vidéo, enfin, un projet assez large. Le projet était porté par une chaîne de casinos français qui se sont dit qu’ils pouvaient travailler avec moi sur un synopsis autour du poker. J’ai donc commencé à travailler sur un script et j’ai ensuite proposé de travailler avec Simon Van LIEMT puisque j’avais déjà travaillé avec lui sur « Incantations » chez Glénat, on avait fait trois tomes ensemble. Très vite, ce projet est devenu un vrai projet au Lombard, un vrai thriller et on a abandonné cette idée de projet promotionnel. Le projet est articulé en dyptique et on commence un deuxième dyptique avec Las Vegas pour le tome 3.

 

Tu envisages « Poker » comme une série sur le long terme ?

Actuellement, il faut à la fois faire une histoire qui nous plaît et tenir compte des impératifs commerciaux. Pour l’instant, le dyptique de Las Vegas clôt l’histoire. J’ai des idées pour la suite mais pour l’instant, on ne sait pas s’il y aura un tome 5 ou 6. Pour le moment on considère que les tomes 3 et 4 seront sans doute la fin de la série sauf si la série marche mieux, pourquoi pas. Ça ne pose pas de problème dans la mesure où ça a été conçu comme ça. On terminait une grande partie de l’histoire à l’issue du tome 4. Ensuite on pourrait partir sur autre chose si le public nous suit.

 

Tu jouais au poker  a la base ?

Au départ, je ne jouais pas au poker, je l’ai caché à mon éditeur. En fait, j’avais juste regardé des amis jouer. J‘ai très vite appelé mes amis pour leur demander de m’apprendre. D’ailleurs, le dessinateur s’y est aussi mis à la fin du tome 1 de façon moins intensive que moi mais il joue très bien .  Ce qui est drôle, c’est que quand on a commencé à dessiner les premières planches de « Poker », Simon ne jouait pas au poker et c’était donc difficile à mettre en scène mais bon je lui ai expliqué et ça a très vite été réglé. On allait faire des photos dans les casinos pour justement avoir de la doc.

 

Tu t’es déplacé à Las Vegas pour le prochain dyptique ?

Oui, j’ai profité des vacances d’octobre 2010 pour partir une semaine à Las Vegas. J’y étais déjà allé il y a 14 ans mais je n’y étais resté que trois jours.

 

Avant « Poker » et « Résistance », tu as travaillé sur des genres imaginaires, maintenant tu travailles sur des projets plus réalistes. Quel a été ton approche sur ces derniers projets plus ancrés dans la réalité ?

C’est vrai que pour « Poker », j’ai utilisé les codes du thriller que je n’avais jamais utilisés comme les codes de la collection Troisième Vague (Lombard) ou les « XIII » et pour cela j’en ai lu pas mal pour savoir comment cela fonctionne. On a essayé de se dire avec Simon  que  même si l’on est pas forcement fan de ce genre, on va essayer de mettre un peu notre patte en essayant de personnaliser ça alors que au départ c’était un projet de commande. C’est différent parce que tu n’as pas à créer un univers mais tu dois quand même être rigoureux sur certaines choses. Au départ, j’étais un peu tétanisé pour écrire certaines planches parce que tu as le poids de l’histoire, tu te demande si tu ne racontes pas n’importe quoi. J’ai pour « Poker » rencontré des croupiers, des directeurs de casino et de cercles et j’ai pu leur poser quelques questions. J’ai même eu la chance il y a pas longtemps, de rencontrer un joueur de poker professionnel, Pierre Canali, qui signe la préface du tome 3 et ça m’a permis d’en apprendre plus sur le mental dans le poker car même si j’avais lu des livres à ce sujet, c’est vraiment mieux de rencontrer les gens et de leur poser directement les questions même si elle sont parfois candide.

 

Pareillement pour Las Vegas, c’est vrai que quand tu fais une bd qui se passe à l’étranger, les auteurs n’ont pas forcement les moyens d’y aller. C’était un peu une folie pour moi d’aller à Las Vegas une semaine mais je me suis dit, bon, je vais me faire plaisir en premier, je vais aussi prendre de la doc et c’est vrai qu’il y a des scènes que je n’aurais pas pu inventer si je n’avais pas été à Las Vegas. C’est vrai que la plupart des auteurs, s’ils n’ont pas les moyens ou le temps, vont sur internet où il y a pas mal de documentation.

 

Par exemple, tous les plans des hôtels à Las Vegas sont sur internet et ça a permis à Simon qui n’y était pas aller de se repérer.

 

Maintenant, est-ce-que tu souhaites t’orienter vers des thématiques plus réalistes ?

Oui, j’aime bien le coté adulte de la bande dessinée réaliste mais si j’ai l’opportunité de travailler avec des auteurs qui font du semi réaliste ou de la jeunesse, je suis partant. Par exemple, j’avais adoré travailler avec Xavier Fourquemin sur « Miss Endicott » et c’est un univers que j’aimerais bien retravailler. Tout dépend du sujet. Récemment, j’ai travaillé sur un futur projet avec Nicolas Delestret, , un auteur avec qui j’avais travaillé sur  « Vivre libre ou mourir » pour le collectif  « Résistances » mais son dessin n’est pas du tout réaliste, c’est un style plutôt semi cartoon et ça m’amuse de travailler avec lui car c’est quelqu’un de talentueux.  Ça dépend vraiment des occasions.

 

J’ai vu que tu avais fais des études de cinéma, alors justement est-ce-que dans ton travail, notamment sur « Poker », tu adoptes des codes cinématographiques ? Ou est-ce-que pour toi écrire un scenario BD est complètement différent du cinéma ?

J’ai suivi plutôt des études pour écrire des scénarios de long métrage pendant longtemps et même encore maintenant, je travaille pour l’écriture de dessins animés ce qui est différent de l’écriture pour une BD mais j’essaye de temps en temps d’utiliser des méthodes cinématographiques en bd. Je m’aperçois que parfois ça ne marche pas même si je tente des choses comme les séquences clip ou des flashforward dans « Résistances ». Des fois ça marche, des fois ça ne marche pas et je m’aperçois de plus en plus que la BD a des codes particulier de narration et donc il faut au contraire les exploiter. On peut utiliser des références cinématographiques mais la bd reste de la bd.

 

Sur « Poker » on a deux thèmes majeurs avec la vengeance d’un héros et la théorie du complot d’une autre part qui sont des codes récurrents dans le genre des thrillers.

Au début, j’avais plutôt imaginé une carrière à la Rocky. On aurait vu un jeune joueur qui progresse et qui monte en puissance, quelque chose de beaucoup plus axé sur le poker. Mais finalement, je pense que je n’avais pas seulement envie d’intéresser que les joueurs de poker mais aussi d’orienter ça pour les amateurs d’ « Alpha » ou « Largo winch ». Donc je me suis dit que j’allais trouver une thématique somme toute assez classique que j’allais mêler avec le poker. J’aime partir de quelque chose d’assez simple au début pour que le public assimile bien et ensuite je complexifie  et j’étoffe le scénario ce qui fait que, je l’espère, je ne perds pas le lecteur. C’est un peu mon angoisse !

 

Est ce que tu as cherché a satisfaire a la fois le grand public et les joueurs de poker ?

Il y a actuellement un ou deux millions de joueur de poker en France, je parle de joueurs occasionnels, des gens qui jouent sur internet, ou qui ont une mallette chez eux.  C’est surtout ces gens-là que l’on a visé car on s’est rendu compte que pour les vrais amateurs de poker, une BD comme « Poker » est trop généraliste pour eux. Ils vont se dire que il n’y a jamais assez de poker dans une telle BD et à un moment on a eu peur que le thème du poker ne plaise pas aux amateurs de thriller mais bon après tout je me suis que ça pouvait très bien fonctionner.

 

Pour la suite ?

Actuellement je travail sur « Résistance 3 » qui sort en octobre. Après on attaquera le 4ème tome. Ensuite, je ferai peut être un spin off de « Résistance », rien de signé mais on en parle.

  |  RÉSISTANCES, L'INTERVIEW DE JEAN-CHRISTOPHE DERRIEN 1/2   |  RÉSISTANCES, L'INTERVIEW DE JEAN-CHRISTOPHE DERRIEN 2/2   |  JEAN-CHRISTOPHE DERRIEN ET FRÉDÉRIC VIGNAUX, INTERVIEW