http://www.lelombard.com/bd-en-ligne/ocean-pierre,3702
INTERVIEW DE THOMAS MOSDI
MINAS TAURUS T1, L'INTERVIEW DE THOMAS MOSDI

Votre parcours est pour le moins atypique puisque vous êtes également musicien, auteur de jeux de rôles...

 

La musique m'a amené à Paris - bien que natif du Nord de la France, j'habitais Nice à cette époque -, Paris, où, finalement, je suis devenu auteur de jeux de rôles. Et les jeux de rôles m'ont amené à la bande dessinée. Tout s'est enchaîné naturellement, un cycle professionnel en chassant un autre. En fait, quel que soit le domaine créatif, j'ai toujours eu une démarche de conteur. C'est ainsi que je me considère, comme un conteur. Ceci étant, je connais d'autres auteurs de BD qui sont musiciens, ou qui viennent des jeux de rôle, ce n'est pas aussi inhabituel que ça...

 

« Ordo ab chao », l’ordre naît du chaos… Cette devise a souvent été celle de sociétés secrètes à travers les âges !

 

L'idée de ce titre est de David. En fait, David et moi avons simplement trouvé que cette formule correspondait bien à notre héros, à sa situation, à sa possible évolution. Notez que j'ai bien dit "possible"...

 

Vous avez pris la Guerre du Péloponnèse pour point de départ de l’histoire. Le massacre des Athéniens par les Spartes représente-t-il à vos yeux le summum de la barbarie dans l’Antiquité grecque ?

 

L'idée de départ est vraiment tout entière dans le personnage de Minas. Il est à l'origine de cette histoire, que je souhaitais voir néanmoins se dérouler au temps de la Grèce Antique. J'ai donc cherché une période précise qui puisse être à la mesure de notre héros, et c'est le fracas de la Guerre du Péloponnèse qui s'est imposé !

 

Comment et quand avez-vous fait le lien entre le minotaure et le héros ?

 

En fait, l'idée que je me faisais de Minas m'a évoqué très rapidement le Minotaure. Dès lors, ils ont été étroitement liés dans ma pensée et le sont restés tout le temps de la conception du récit...

 

On découvre le héros en position de faiblesse et de ce fait on s’attache très vite à lui avant de découvrir – trop tard – qu’il a commis des actes monstrueux dans le passé. Avez-vous pris un malin plaisir à brouiller les pistes ?J

 

Je n'ai pas voulu brouiller les pistes, jamais je ne ferais ça, ce n'est pas mon genre J! En fait, Minas a une existence faite d'extrême violence jusqu'à ce qu'un événement le rende amnésique. Sur cette base, j'étais intéressé de voir comment il pouvait évoluer. On avait brusquement fait table rase de son passé. Durant un temps, il était vierge de toute expérience. Puis, la mémoire allait peu à peu lui revenir. Comment, alors, allait-il réagir ? Même si c'était durant une brève période, il avait connu un autre mode de pensée, et il allait être confronté à ce qu'il était avant, et pouvoir juger cet autre lui-même. Qu'allait-il naître de cette improbable confrontation ?

 

Les réticences exprimées par la voix intérieure du héros à demeurer avec la famille qui le recueille apparaissent après coup comme autant d’avertissements donnés aux lecteurs. Peut-on parler d’une double lecture de l‘album ?

 

En fait, d'une certaine manière, les deux Minas s'affrontent durant ces instants. Même si c'est de manière instinctive à ce moment du récit, l'ancien Minas sait que ce genre de vie paisible n'est pas pour lui. Il n'a pas été façonné pour ça. Alors qu'une autre force semble le pousser, voire le contraindre à rester au sein de ce foyer qui l'accueille. Mais quelle est exactement cette autre force ? C'est ce que la suite du récit nous révélera. De ce point de vue, effectivement, nous obtenons progressivement des clés qui nous permettent de considérer le récit, et Minas en particulier, sous un jour nouveau...

 

Après Xoco et Zone Mortelle, cette nouvelle série est-elle pour vous une façon de poursuivre votre exploration des méandres de l’esprit humain ?

C'est un genre d'histoire que j'apprécie, en effet. Ce qui me fait penser à Daniel Daremberg, le héros psychotique de « Chimères », ou à Cliff Turner, aux multiples personnalités, le héros de « Cliff & Co ». J'aime beaucoup aussi les récits qui relèvent de la psychiatrie...

 

Le temple d’Athéna est au cœur de Minas Taurus. Quelle est sa signification ?

 

Ici, nous touchons à la dimension mythologique de l'histoire. Le culte d'Athéna joue un rôle important dans le récit. Le lecteur découvrira peu à peu pourquoi et comment...

 

Qu’en est-il des démons que l’on aperçoit dans l’album ? Ont-ils chacun une signification particulière ou représentent-ils votre propre panthéon de démons (ou celui du dessinateur !) ?
 
 
Le groupe de démons est à considérer dans son ensemble. Mais est-il de nature fantastiquo-mythologique, symbolique ou psychologique, là est toute la question J ?
 
 
Pouvez-vous nous parler de votre collaboration avec David Cerqueira ? Quels ont été vos apports respectifs à l’histoire ?
 
 
Nous avons beaucoup discuté du projet, et étions parfaitement d'accord sur la direction à lui donner. Nos univers se sont naturellement adaptés l'un à l'autre. J'apprécie le travail à la fois personnel et accessible de David. Je trouve qu'il est parvenu à une alchimie graphique pas forcément facile à obtenir...
 
 
Quels sont vos projets à venir ?
 
 
J'ai une autre série dont le premier tome paraîtra au mois d'octobre, « Josse Beauregard », qui se déroule à la fin des guerres napoléoniennes. Je continue de développer en parallèle la série « Succubes », avec pour l'instant un album sur la Rome Antique, et un autre sur les Aztèques. Je prépare aussi une série sur Babylone et d'autres choses encore. Curieusement peut-être, les jeux de rôle m'ont donné le goût de l'Histoire. C'est pour une grande partie mon inspiration actuelle...
 
 
Dernière question, y a-t-il un album, récent ou non, publié par Le Lombard qui vous ait particulièrement marqué ?
 

La série qui me vient immédiatement à l'esprit est « Thorgal ». Je n'étais pas un passionné de bande dessinée lorsque j'ai commencé à en faire, mais Thorgal m'a beaucoup marqué. Déjà pour la qualité de ses récits, tout simplement. Et ensuite, parce qu'il y avait sans doute quelque chose de l'esprit que j'ai découvert plus tard dans les jeux de rôles. Je me souviens particulièrement des Archers, comme beaucoup de lecteurs, je pense !