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INTERVIEW DE GABOR, RAULE
ISABELLAE, L'INTERVIEW DE RAULE ET GABOR !

Entretien avec les auteurs d'ISABELLAE, la nouvelle série d'aventure dans le Japon médiéval dont le premier tome est sorti en janvier et le second paraîtra en août prochain.

 

Chacun de vos projets respectifs a été l’occasion d’une nouvelle collaboration. Comment fonctionne votre duo scénariste/dessinateur ?

 

Raule : Jusqu’à aujourd’hui, j’ai toujours eu la chance de collaborer avec des dessinateurs qui étaient ou qui sont devenus des amis. Dans le cas de Gabor, nous nous sommes rencontrés dans un festival. Il m’a ensuite recontacté pour que je lui écrive une histoire.
Il aime la bonne BD et le hard rock, ça ne peut pas se passer mal ! Professionnellement, c’est quelqu’un d’infatigable, de très exigent et qui est toujours ouvert à mes suggestions. Il maîtrise la narration et chaque jour, on apprend beaucoup en regardant son travail. Gabor s’implique à 100% et apporte de très bonnes idées à la série.

 

Gabor : Il a fallu un gros travail de documentation pour rendre l’ambiance d’Isabellae vraisemblable. Ça a été très enrichissant et très facile car nous avons beaucoup de points communs. Il y a une vraie harmonie entre nous.


ISABELLAE T1Isabellae est à la croisée de plusieurs influences, graphiquement comme dans les thèmes abordés. Est-ce dans le mélange des genres que vous puisez votre inspiration ?

 

Raule : Mélanger les genres et s’inspirer d’autres disciplines artistiques sont mes principales caractéristiques en tant que scénariste. Je prends un peu de ci, un peu de ça, je mets le tout dans un shaker et j’obtiens une “nouvelle” histoire. Je ne m’inquiète pas de la bizarrerie de samuraïs en plein quartier d’El Raval (Jazz Maynard) ou d’une jeune japonaise rousse au 12ème siècle (Isabellae). Si je m’amuse pendant le processus d’écriture, le dessinateur s’amusera aussi. Et il y a beaucoup de chances que cela se transmette aux lecteurs et qu’ils en redemandent !

 

Gabor : De mes années passées dans le dessin animé, j’ai appris que pour progresser en tant que dessinateur, il est nécessaire de chercher son inspiration dans la BD comme dans le cinéma, le théâtre ou la peinture. Je suis fan du cinéma asiatique, du manga mais aussi du western et des films historiques et ça se ressent dans l’album.


Raule, avais-tu dès le départ en tête l’héroïne ?

 

Isabellae est le personnage principal de la série. J’avais envie de raconter les aventures d’une fille dans une époque difficile pour les femmes, d’en faire une guerrière (un rôle exclusivement masculin) et qu’elle soit rousse pour qu’on remarque encore plus sa différence. Une combinaison explosive qui m’a paru très excitante et motivante au moment de l’écriture.

 

C’est un personnage très solitaire qui s’improvise peu à peu chef de groupe…

 

Raule : Ça fait 7 longues années qu’Isabellae gagne sa vie comme chasseuse de tête, 7 ans qu’elle est à la recherche de sa soeur Siuko. Elle voyage seule bien qu’elle ressente parfois la présence protectrice du fantôme de son père. C’est une louve solitaire qui a du mal à accepter des compagnons de voyage. Inévitablement, son caractère asocial va s’atténuer album après album, de même que sa dépendance vis à vis de la figure paternelle.

 

Les fantômes, “l’homme-nuit”… Quelle rôle joue le fantastique dans Isabellae ?

 

Raule : La vie des samuraïs a souvent été racontée et nous ne voulions pas faire une BD de plus. Le folklore japonais me fascine mais c’est un terrain dangereux. Je me suis dit qu’introduire des éléments de l’imaginaire occidental dans le Japon féodal nous éviterait de faire du déjà-vu et surprendrait les lecteurs. 

 

Différentes ambiances ressortent de l’abum. Gabor, comment as-tu abordé la couleur pour Isabellae

 

Extrait de ISABELLAE T1

Le contraste entre les différentes tonalités de l’album est soigneusement étudié en fonction de ce qui se passe dans chaque planche. C’est presque comme de la musique. Puisque dans la BD il n’y a pas de bande sonore pour accompagner l’histoire comme au cinéma, l’idée est d’utiliser une gamme chromatique qui souligne les sentiments des personnages, l’action, la violence... C’est un peu compliqué à expliquer mais c’est à ça que je pense pour m’aider à choisir les couleurs. 


Doit-on s’attendre à ce que les albums à venir soient encore plus sanglants ? 

 

Gabor : Sans doute. La vie au Moyen Âge est très dure, encore plus quand il s’agit d’une belle chasseuse de primes !

 

Raule : Isabellae est une chic fille mais ses méchants créateurs trouvent toujours des excuses pour l’obliger à pratiquer le Batto Jutsu (l’art de dégainer et de rengainer le katana).

 

Les deux premiers tomes sortent la même année, ce qui reste inhabituel pour du franco-belge. Est-ce que ça été difficile de s'adapter au rythme de publication ?


Gabor : Le premier tome a été réalisé en 2011/2012 mais il a été décidé de repousser sa sortie. Nous pensons que la majorité des lecteurs aujourd’hui ne veut pas attendre un an pour découvrir la suite de ses aventures préférées. C’est la loi du marché actuel et nous les auteurs devons nous adapter.

 

Raule : Les libraires et les distributeurs poussent les éditeurs à réduire le temps d’attente entre un album et le suivant. Pour Gabor et moi, cela n’a pas été un problème, au contraire. Tout le monde est gagnant.

 

La question traditionnelle, y a-t-il un album, récent ou non, paru au Lombard qui vous ait particulièrment marqué et pourquoi ?

 

Gabor : Quand j’étais enfant, j’ai lu tout ce qui était destiné à la jeunesse. Mais depuis l’adolescence, Thorgal reste l’un de mes personnages préférés.

 

Raule : J’étais et je suis un grand lecteur de BD, tous types confondus. Enfant et adolescent, j’ai lu tout Les Schtroumpfs et Yakari parmi les séries du Lombard traduites en espagnol. Ce n’est que beaucoup plus tard que j’ai découvert le monde merveilleux de Thorgal.

 

Pour finir, si vous deviez vous représenter sous les traits d’un personnage de BD, quel serait-il ? :-)

 

Raule : Ce serait la ruine des éditeurs ! Je ne sais pas… je pourrais être un détective privé de couleur bleue (à cause d’une maladie génétique qui altère la pigmentation), qui ne sort jamais de son bureau et qui résoud les affaires uniquement par internet. Ce serait une histoire très ennuyeuse et l’éditeur m’obligerait immédiatement à rajouter des filles en bikinis et des dinosaures !

 

Merci à vous.

 

Merci beaucoup pour l’interview et bonjour à tous les lecteurs !

 

Propos traduits de l'espagnol.

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