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INTERVIEW DE FABCARO
INTERVIEW DE FABCARO PAR KOALA L'IMPUR

 
Bonjour, Monsieur Fabcaro ! Ça boume ?
 
Bonjour, Monsieur L'impur, ça va.
 
T’es avant tout connu pour être un auteur à part dans le milieu littéraire Languedocien-Roussillonnais, une sorte de Mark Twain de l’Hérault. Est-ce qu’à l’instar du célèbre écrivain humoriste du Missouri, il t’arrive de trouver l’inspiration en descendant une rivière en radeau ou sur un tronc d’arbre ? L’Orb coulant au bas de chez toi, l’exercice est aisé.
 
Ben, tu crois pas si bien dire, je vais marcher en pleine nature, au bord de la rivière, écouter les arbres, les montagnes, les fleurs. Non, non, j'ai encore rien fumé là, il est trop tôt. Mais l'inspiration peut me venir de tout, de petits détails, la plupart du temps des gens que je croise, comme tout auteur j'imagine. J'ai une tendance maladive à décaler instantanément tout ce que je vois, c'est rigolo, mais c'est limite handicapant...
 
Ton premier roman « Figurec » est paru dans la collection blanche de Gallimard. Est-ce que depuis tu as ta table réservée chez Drouant à Paris ? Ou, au moins, chez Momo à Pézènes-les-Mines ?
 
Ah oui, à Paris maintenant je mange un kebab où je veux. J'aime beaucoup écrire, j'ai toujours fait les deux en parallèle, la BD et le roman. Pour moi ce sont deux approches très différentes. L'écriture du roman demande peut-être plus d'implication... J'aimerais bien m'y remettre, mais la BD me prend beaucoup de temps en ce moment. Mais je me plains pas hein, j'aime autant.

Tu as voulu faire un livre sans dessins. Et, Paf, Casterman achète les droits et Christian de Metter l’adapte en BD. Pas de bol !
 
Oui, je suis super content de l'adaptation. Je ne suis pas intervenu, il s'est emparé du texte et je l'ai laissé faire. Et je suis aussi super content d'avoir rencontré Christian qui est devenu un ami. C'est marrant parce qu'il a un univers très très noir alors que c'est quelqu'un de très drôle. Et puis on s'est trouvé pas mal d'affinités musicales aussi. Quand on se voit, on parle plus musique que BD. De toute façon, la BD c'est nul.
 
C'est dans le département de l’Hérault, à Lézignan-la-Cèbe, qu'ont été trouvées les traces les plus anciennes d'activités d'hominidés. Pour l’auteur que tu es, est-ce un avantage ou un handicap cet héritage de la plus ancienne dynastie de l’Humanité ?
 
Oui, il m'arrive de croiser régulièrement ce genre d'hominidés à la boulangerie. Non, j'ai pas vraiment le compexe du provincial qui bosse loin de Paris et qui ne s'y rend que sous la menace. Et puis je vois de plus en plus d'auteurs parisiens venir s'installer dans le Sud. L'auteur de BD parisien, dans le Sud, c'est pire que le retraité anglais, ça pullule. Et puis, de nos jours, on peut travailler de n'importe où, avec le Minitel tout est possible.

Tu as abordé la bande dessinée par le biais de l’humour, est-ce un choix, ou est-ce simplement que, comme Charles Pasqua, Albert Spaggiari, Patrick Bosso et tous les habitants du Sud, tu as ça dans tes chromosomes ?
 
L'humour, je trouve ça infini. On peut tout exprimer avec l'humour. Le registre est si étendu, tu peux aller de l'absurdité la plus débridée au sentiment le plus noir.
Mon tempérament est justement tout le contraire d'un Méditerranéen. Dans la vie, je suis un type assez sinistre. J'aime la pluie, le noir, boire de la bière tiède en écoutant Mano Solo et en lisant Cioran, regarder des films tchèques sous-titrés en japonais, mater des photos de fans de Joy Division avec des boutons d'acné.
 
Il se dit que tu es venu à la BD par des publications dans Tchô ! ainsi que dans un nombre incroyable de magazines. Il se chuchote également que sous couvert de multiples pseudonymes, tu as travaillé pour divers bulletins paroissiaux. Tu vas avouer, ordure !
 
Oui, j'ai commencé par Tchô, des petits strips par-ci par-là. Nob qui s'en occupait à l'époque m'avait contacté après avoir vu mes strips dans le Coca'zine, un mensuel culturel alternatif dans lequel j'ai débuté. À la même époque que Tchô, j'ai commencé à publier dans Psikopat. Je remercierai jamais assez Carali de m'avoir fait confiance à mes débuts. Longue vie au Psiko !
 
Tu sors des albums plus vite que ton ombre chez tous les éditeurs de la Terre. (Cela dit, jusqu’à présent, on n’a jamais vu une ombre publier un livre.) Depuis le début de l’année, tu as déjà été quatre fois au rayon des nouveautés. Tu es combien dans ton enveloppe charnelle pour arriver à ça ?

J'ai un rapport au temps assez névrotique, j'ai constamment l'impression que je vais mourir demain et qu'il faut que je me dépêche de faire des trucs avant.... Et puis, si je ne crée pas, je me sens vide. Du coup, je suis toujours dans mon univers, c'est très pénible pour mon entourage, je t'assure. Il faudrait que je lève un peu le pied, que je fasse comme tout le monde, que je voie des gens, que je discute de sujets de société, que j'aille à Ikéa, ce genre de choses normales de la vraie vie.
 
Dernièrement, est sorti aux éditions du Lombard “Steve Lumour – L’art de la winne”, la première biographie du comique très peu comique, Emile Escartefougne.
 
J'ai une profonde affection pour les losers, vraiment. C'est pas de l'ordre de la condescendance, de la moquerie ou du voyeurisme, c'est réellement une vraie tendresse. Steve Lumour, je le trouve super attachant. C'est quelqu'un qui croit que tout marche pour lui alors que tout foire. Je trouve ça touchant. J'en ai souvent croisé dans la vie, et ça m'émeut au plus haut point.

Est-ce que de parler d’un comique pas comique, c’est ça qu’est comique ? Et est-ce que d’évoquer d’un comique réellement comique aurait été moins comique ?
 
Oui, ça aurait été moins drôle. Les beaux parcours, les belles ascensions qu'on peut voir dans Challenge ou Capital m'intéressent pas. J'aime ce qui foire, ce qui est fêlé, ce qui merde. D'ailleurs ça commence à marcher un peu trop bien pour moi en ce moment, faut que je redresse la barre...

Comme le dit l’adage « Il est bon de rire parfois », tu t’es donné comme mission de rire plusieurs fois par jour, et, surtout, de faire marrer tes contemporains tous les jours entre chaque repas. Et comme tu as encore bien d’autres cordes à ton arc, tu fais également de la musique. Tu as, entre autres, réalisé l’album : “Les Amants de la rue Sinistrose”. Je vois que, quel que soit le médium, la poilade est toujours au centre de tes préoccupations.
 
Ah ah, oui, “Les Amants de la rue Sinistrose”, un grand moment de poilade pour les dépressifs suicidaires. Oui, j'ai longtemps fait de la musique dans les années 90. On faisait des concerts un peu partout, c'était cool. J'en garde un super souvenir. Mais c'est vieux tout ça, maintenant j'ai un vrai métier. Ah ben non, tiens.
 
Je tiens à m’excuser car le temps que tu as consacré à cette interview, tu aurais pu l’utiliser à réaliser une ou deux nouvelles BD. Pour l’instant, tu es sur combien de projets ?
 
Non, non, mais t'inquiète, je dessine tout en répondant à l'interview. J'ai un album qui sort chez 6 pieds sous terre en septembre. Un truc assez expérimental entre western et contemporain, prétexte à parler de la mort de l'enfance, de la fantaisie, du romantisme, quelque chose moins dans l'humour, plus... poétique, même si le terme est un peu pompeux. Puis, on relance le tome 2 de Amour, passion et CX diesel avec James et Bengrrr chez Fluide. Puis, un album chez Dargaud avec Fabrice Erre au dessin que je scénarise, une parodie de Zorro. Puis, un album regroupant notamment les strips publiés dans ZOO à paraître en janvier 2012 à La cafetière. Puis,... non, je crois que c'est tout pour le moment.
 
Sinon, il fait comment dans le Sud ?
 
Super beau, super soleil. Tu sais, le soleil, ce truc jaune qu'on aperçoit à certaines dates de l'année dans le ciel de Belgique...

Salaud !
 
Belge !
 
Merci bien, cher Monsieur Fabcaro.
 
(Koala l’Impur, le 14 juillet 2011)