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INTERVIEW DE MIVILLE-DESCHÊNES, RUNBERG
FRANÇOIS MIVILLE-DESCHÊNES: INTERVIEWÉ POUR RECONQUÊTES

Pour ceux qui ne vous ne connaissent pas encore pouvez-vous faire une présentation de chacun d'entre vous ?



Mon nom est François Miville-Deschênes, dessinateur québécois vivant en Gaspésie, une région maritime situé au nord-est du Canada. J’ai à mon actif le dessin du premier cycle de la série « Millénaire » (cinq tomes) parue chez Les Humanoïdes Associés. Je m’efforce de réaliser des bandes dessinées que j’aurais moi-même plaisir à lire et à décortiquer, fidèle à une certaine tradition franco-belge réaliste qui a bercé ma jeunesse.


Pourquoi avoir situé l'action au cœur des Hittites et des Scythes ? Comment vous est venue l’idée de ce projet ?



Sylvain est le mieux placé pour parler de ce sujet, puisque la paternité de l’idée originale lui revient.

D’un point de vue graphique, je puis tout de même confirmer ce qui, selon moi, saute aux yeux : cet univers a tout pour réjouir le dessinateur que je suis. Il offre de grands espaces sauvages, des animaux diversifiés, des personnages variés, de l’action, etc. Bref, des heures et des heures de plaisir en perspective !


Comment avez-vous procédé pour concevoir le scénario de Reconquêtes? Des références vous ont-elles guidé ?



Il s’agit bel et bien d’un ping-pong par courriels qui nous permet d’échafauder l’ensemble du récit. Par la suite, nous poursuivons avec les situations et les séquences de manière plus détaillées. Ce sont souvent des considérations graphiques qui m’amènent à réfléchir et à me pencher plus attentivement sur certains points, jusqu’à proposer telle ou telle autre idée à mon acolyte.



Comment vous êtes-vous connus, et comment s'est déroulé votre collaboration? Je pense ici par exemple à la distance qui vous sépare tous les deux, entre la France et le Canada.



C’est la situation désastreuse que connaissaient les Humanos à l’époque qui m’avait fait contacter Sylvain pour lui suggérer une collaboration au pied levé. Comme il m’avait déjà proposé de collaborer dans le passé, sans que ce soit possible pour moi, j’ai senti que cette fois, les astres s’alignaient en notre faveur. Ce fut effectivement le cas.



Quelles ont été vos influences graphiques sur Reconquêtes ?



Aucune pour Reconquêtes en particulier. Mes influences graphiques remontent à plus longtemps que cela : elles me viennent des dessinateurs dont j’ai dévoré les œuvres étant très jeune comme Chéret, Aidans, Gillon, Hermann, Giraud et tant d’autres. Il n’y avait pas (et il n’y a pas encore d’ailleurs) d’école de bande dessinée ou de Beaux Arts chez moi ; j’ai donc appris seul, en suivant l’exemple (mais quel exemple!) que me prodiguait ces artistes. À chacun j’ai pris un petit quelque chose qui se fond dans l’ensemble et contribue, je l’espère, à personnaliser toujours davantage un style que souhaite mien.



On peut remarquer une attache toute particulière pour la représentation du corps humain, pourquoi? Qu’elles ont été vos inspirations ? Avez-vous eu recours à des modèles?



Il est indéniable que le dessin de l’anatomie humaine (mais également animale) me procure de bons moments sur la table à dessin. Je ne saurais dire pourquoi ; cela me vient peut-être de mes lectures d’enfance et d’adolescence ( « La Guerre du Feu », « Conan le Barbare», « Tarzan », etc.), ainsi que des bandes-dessinées où apparaissaient des héros tous plus dynamiques et musculeux les uns que les autres.

Dans le cas précis de Reconquêtes, la géographie, l’histoire et notre récit se conjuguent et font en sorte que les corps sont souvent partiellement dénudés et en mouvement. Une bénédiction pour le dessinateur! S’il en avait été autrement, pour des raisons historiques par exemple, je me serais plié de bonne grâce à la nécessité de véracité que m’aurait imposé ma conscience professionnelle (comme cela avait été le cas dans « Millénaire »), mais par bonheur, on se couvrait peu à l’époque!



Mon modèle le plus fréquent est ma propre image dans le miroir, surtout pour certains raccourcis ou pour les plis des vêtements au moment de mouvements particuliers. Mon épouse peut à l’occasion se prêter au rôle de modèle pour des postures problématiques ou pour me permettre d’étudier des gestes que je souhaite le plus naturels possible.



On parle souvent du rite de l'écrivain afin de trouver son inspiration... et vous, avez vous des "rites" afin de vous mettre en condition d'écriture et / ou de création?



Je n’ai pas ce luxe ! Mes journées de travail, en raison de tout ce qu’impose le quotidien et la vie familiale, sont trop courtes pour que je me permette d’attendre l’inspiration ou que je prenne racine devant la page blanche.

Cependant, il m’arrive parfois, avant de m’attaquer à ma planche, de me livrer à de petits «échauffements». Je trace alors sur une feuille quelques lignes au hasard (de la main gauche, afin d’éviter les mouvements habituels ou prévisibles du droitier que je suis), puis j’essaie de tirer quelque chose de ces griffonnages abstraits.

D’autres fois, je dessine un personnage quelque part sur la feuille, dans une position dynamique ou peu commune et j’en ajoute ensuite d’autres jusqu’à combler tous les espaces restants. Il faut que leurs positions respectives épousent un tant soit peu l’espace qu’ils doivent occuper.

On s’amuse comme on peut…



Une petite révélation sur le prochain tome ?



Sylvain en a déjà trop dit !…

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