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INTERVIEW DE VALLÈS
FRANCIS VALLES, INTERVIEW

Interview réalisée par actuabd.com

 

 Après avoir signé avec Jean Van Hamme Les Maîtres de l’Orge dans les années 1990, Francis Vallès adapte en BD, avec Didier Alcante, une des histoires que le scénariste de Largo Winch destinait à la télévision. Rani est une saga d’aventure romantique et épique, qui se déroule pour la majeure partie en Inde. Le dessinateur y retrouve un nouveau souffle, visiblement porté par une époque qu’il maîtrise bien.

Francis Vallès : « Je suis heureux de retrouver le XVIIIe Siècle avec Rani » Vous aviez signé avec Jean Van Hamme la saga familiale «  Les Maîtres de l’Orge » adaptée en téléfilms. Est-ce pour cette raison que l’on a pensé à vous pour dessiner Rani ?

FV : Nous nous sommes, Jean et moi, revus plusieurs fois depuis l’arrêt des Maîtres de l’Orge. C’était des moments plus amicaux que professionnels. J’ai enchaîné sur deux séries scénarisées par Stephen Desberg, Tosca et Rafales. Un jour, j’ai reçu un appel téléphonique d’Yves Sente qui était encore le directeur éditorial du Lombard et qui me dit : « Je sais que tu en as assez de “Rafales”. J’ai une autre histoire à te proposer. Est-ce que cela te dirait de retravailler avec Jean Van Hamme ? ». C’était une proposition qui ne se refusait pas, d’autant que cette histoire se déroulait au XVIIIe siècle. J’étais saturé d’histoires contemporaines…

Dans Rafales, votre trait était plus laborieux, semble-t-il.

FV : Non, les planches tenaient la route. Mais effectivement, je n’adhérais pas à l’histoire. Stephen le sait, j’en ai parlé avec lui. Cela m’ennuyait de me mettre au travail le matin pour dessiner Rafales. J’avais du mal à m’investir dans une histoire à laquelle je ne croyais pas. À la différence de Rani, qui me convient parfaitement. Le début de l’histoire a pour cadre le Massif Central. J’habite dans cette région. Jean a accepté de modifier son scénario pour me faire plaisir. Il m’a juste demandé s’il y avait des grottes : les scènes du deuxième tome demandaient ce type de décors. Cela me changeait des Ardennes (Rires). Jean a tendance à situer ses histoires dans les Ardennes dès qu’il a besoin d’une scène campagnarde.

Donc, vous avez accepté, presque sans lire l’histoire.

FV : Dès que j’ai donné mon accord, j’ai reçu le synopsis des huit tomes. Un gros pavé d’une centaine de pages, avec des notes pour replacer l’histoire dans le contexte historique. C’était vraiment un travail de professionnel ! Cela peut paraître étonnant, mais le résumé qu’il a fait de cette période, le siècle de Louis XV, m’a beaucoup aidé. Cela m’a aidé à me plonger dans cette période sans la traiter de manière farfelue. Rani est bien sûr une fiction, mais on se repose sur une période historique, et les événements se doivent d’être plausibles. J’avais déjà traité cette période dans Simon Francoeur (deux tomes chez Magic Strip) au Canada. Là, je l’aborde du côté de la France et des Indes. Je terminais le dernier album de Rafales quand j’ai reçu le scénario. Cela m’a permis de me documenter, de partir visiter les Indes. Il fallait donner une épaisseur graphique à cette histoire. Mon ressenti devait transparaître dans le dessin.

Jolanne, le personnage principal de Rani ressemble un peu à Adrienne que l’on a pu voir dans le premier tome des Maîtres de l’Orge.

FV : Elles sont brunes toutes les deux, vous n’avez pas tout à fait tort. Mais la ressemblance a été amenée de manière inconsciente. Jean Van Hamme avait donné un impératif pour Jolanne. Elle devait être brune, pour pouvoir mieux se fondre dans la population aux Indes. Elle est beaucoup plus aboutie qu’Adrienne. Je la maitrise beaucoup mieux. J’essaie de la dessiner en lui donnant plus d’émotion.

Rani est une histoire inventée par Jean Van Hamme, mais adaptée par Didier Alcante pour la bande dessinée.

FV : Cette histoire était destinée pour la télévision. Cela ennuyait Jean d’adapter son scénario pour la bande dessinée. Il voulait se consacrer à d’autres projets. Il a engagé Didier Alcante pour se charger de cette tâche. Une curieuse coïncidence car les éditions Dupuis m’avaient approché pour illustrer l’un des Pandora Box. L’histoire me plaisait, et je n’avais jamais travaillé pour Dupuis. Malheureusement, je n’ai pas arrivé à aménager mon agenda pour trouver le temps pour dessiner ce récit. C’est étrange de se retrouver plus tard…

Didier Alcante signe les dialogues. Sentez-vous une différence par rapport à ceux de Jean Van Hamme ?

FV : Pas vraiment ! Didier s’inspire fortement du travail de Jean Van Hamme. Il a des espaces de liberté, mais est fortement influencé par le travail du créateur de XIII. De toute façon, Jean relit tout ce qu’il écrit. Ce n’est pas un mal pour Didier. Il va gagner en expérience et en notoriété. Didier est un scénariste prometteur. Jean Van Hamme le dit lui-même !

Intervenez-vous dans le découpage ?

FV : Parfois. Je téléphone alors à Didier pour en parler avec lui. Mais ce sont généralement des détails. Dans les premières planches du troisième album, j’ai dû dessiner un bordel. Le scénario précisait que la scène avait lieu en plein jour. Il me semblait plus logique que cette scène se déroule le soir. Tout simplement parce que les hommes vont généralement dans ce genre d’endroit après la tombée de la nuit.

Alcante : J’ai vérifié dans le synopsis de Jean Van Hamme. Il avait bien placé cette scène en plein jour.

FV : Jean est un très bon scénariste, mais n’est pas infaillible (Rires). Il m’était plus logique de placer cette scène la nuit pour les raisons que j’ai évoquées. Mais c’est un détail.

Le téléfilm est en cours de tournage en Inde. L’éditeur annonce le prochain album pour la fin de l’année. Cela vous met la pression ?

FV : Non. Je ne m’occupe pas de cela. Je n’ai aucun regard sur l’adaptation. Je fais mon travail dans mon coin et je verrai le film avec un grand plaisir. Les acteurs qui ont été sélectionnés ressemblent pour la plupart à mes personnages. Sauf pour Madame Rose qui interviendra dans le troisième épisode. Dans mes planches, elle est bien en chair, grassouillette. La production a choisi Lio pour l’incarner. Elle est beaucoup plus svelte. C’est la seule qui dénote par rapport à mon casting. C’est une grande chance de travailler sur une série qui est adaptée à la télévision. Cela a commencé avec Les Maîtres de l’Orge, et Stephen Desberg et moi-même venons de signer pour la revente des droits audiovisuels pour Tosca. On verra si cela aboutira, mais on ne va pas s’en plaindre !

Dessiner les Indes, est-ce quelque chose que vous appréhendez ?

FV : Cela m’a fait peur. Mais j’y suis allé l’année dernière pour m’imprégner des ambiances. J’y retourne prochainement. En fait, je sens que cela va m’apporter beaucoup de plaisir.

A : Je n’y suis pas encore allé, mais j’ai lu des livres sur le sujet, dont un qui contient des aquarelles qui ont été faite peintes à l’époque où se situe Rani.

Vos couvertures sont conceptuelles. On les reconnaît de loin.

FV : Oui. Cette accroche visuelle est une volonté. Je voulais qu’elles ressortent du lot et qu’on les remarque parmi les nombreuses nouveautés qui sont sur les présentoirs des librairies. Pour le deuxième album, j’avais fait des essais en représentant Jolanne au milieu des bois. Mais cela ne marchait pas. Cette esquisse n’avait aucun impact…

Quels sont les auteurs qui vous ont donné envie de devenir dessinateur de BD ?

FV : Jean Giraud et Joseph Gillain (Jijé). Sans compter de nombreux américains : Alex Raymond, Al Williamson. Ce sont les auteurs qui m’ont marqué pour leur graphisme. J’étais un grand amateur des histoires de Jean-Michel Charlier et de Jean Giraud sur Blueberry.
 

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