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INTERVIEW DE ANTOINE FRÉDÉRIC
EL SPECTRO TOMBE LE MASQUE ! L'INTERVIEW DU SCÉNARISTE

A l'occasion de la sortie d'El Spectro, nouvelle série du Lombard qui a pour héros un catcheur du Lucha Libre, les auteurs ont accepté de répondre à nos questions. Découvrez aujourd'hui la première partie de cette interview, avec Frédéric Antoine, le scénariste d'El Spectro.

- Pourquoi avoir choisi l'univers du catch et plus particulièrement celui du Lucha Libre ? Comment vous ait venu l’idée de ce projet ?

F-A : Pour être honnête, El Spectro s’inspire beaucoup plus du catcheur El Santo que du catch lui-même. El Santo est un luchador des années 60, considéré comme un héros populaire au Mexique. Sa renommée est telle qu’il avait sa propre BD et avait tourné dans plusieurs films à petit budget. Il y jouait son propre rôle, toujours masqué, affrontant vampires, espions, momies et martiens. Ces films sont ultra-kitsch, souvent mal joués, mais ils étaient très populaire au Mexique et maintenant internationalement cultes. 

En 2004, Yves m’a contacté pour scénariser un court métrage qu’il voulait réaliser sur El Santo. Nous avons lancé des idées sur ce qui serait le fun à tourner. J’ai écrit les  Mutants de la Lune Rouge.  Comme le court métrage ne s’est jamais fait, nous avons eu l’idée d’en faire une BD. Yves a créé un nouveau personnage et j’ai adapté le scénario pour la BD, un médium où on peut se permettre plus d’effets spéciaux sans limite de budget et aussi d’être rétro sans être ridicule.

- Comment avez-vous procédé pour concevoir le scénario d’El Spectro ? Quelles références vous ont guidé ? Le film Los VAMPIROS DE COYOACAN sorti en 1974 en fait-il partie ?

F-A : Yves m’a obligé à regarder tous les films de Santo en un week-end. Non, je plaisante. Toutefois, j’ai visionné plusieurs films pour m’imprégner du personnage et de l’ambiance. Je voulais que le personnage soit crédible dans son univers, comme Indiana Jones ou Superman peuvent l’être dans leur univers respectifs, et surtout pas d’en faire une parodie. Ainsi, El Spectro a beau toujours garder son masque, les gens le reconnaissent comme un sportif célèbre et non comme un marginal. Tout comme El Santo, au Mexique, à son époque.

Comme les lecteurs le constateront dans le tome 1 et les suivants, El Spectro est une série qui s’appuie sur les clichés des films d’aventures et fantastique des années 50, comme les vieux films de monstres. C’est certain que les romans de Bob Morane, les comics du Fantôme du Bengale et plusieurs BD comme Spirou, Tif et Tondu ou Bernard Prince m’ont fortement inspiré. Je veux raconter des histoires où on peut retrouver  le souffle de l’aventure et du mystère, les pointes d’humour, le héros courageux et un ton décalé que j’aime particulièrement dans les vieux films (à l’époque, c’était involontaire) ou ceux de Tarantino.

Par contre, je n’ai découvert Los Vampiros de Coyoacan que dernièrement. Mais il est indubitablement une excellente référence, si on arrive à dépasser les 10 longues minutes que dure le combat de catch du début. Heureusement qu’on ne fait pas ça dans la BD (rires).

- Comment s'est déroulée votre collaboration avec Yves Rodier ? 

F-A : Très bien ! Mais bon, je ne peux pas dire le contraire, faut faire le tome 2 !!! 

En fait, comme nous sommes amis depuis 10 ans, c’est très facile. On met en place les grandes lignes de l’histoire ensemble. Puis après, je me lance dans l’aventure. L’avantage de travailler avec Yves, c’est qu’on se complète très bien. Son expérience en BD et dans le storyboard, c’est aussi un gros avantage pour la dynamique visuelle. Et puis, de par mon expérience comme scripteur pour Safarir (magazine d’humour québécois), je m’adapte très facilement. Je peux donc lui fournir de quoi qui va lui plaire à dessiner. Tu veux une scène de poursuite auto ? Tiens ! Tu veux une scène dans une cathédrale gothique ? Tiens ! Avec Spectro, on se fait plaisir tout en pensant à celui des lecteurs. Parce qu’un bon album est un album qui se lit bien. 

- Quelques mots sur le héros ? Sa relation avec Marina ?

F-A : El Spectro, c’est le héros malgré lui. À l’instar de Santo, il est l’idole des gamins au Mexique, toujours humble et généreux. Il est avant tout un catcheur, un sportif professionnel. C’est l’aventure que le rattrape. Il se retrouve involontairement très souvent dans des situations dangereuses à la limite du surnaturel. Un héros motivé par ses valeurs et son sens de la justice. On peut trouver ça classique, surtout avec la mode actuelle des héros complexes et torturés, mais je pense qu’il y a encore de la place pour ce genre de personnages en BD. Et son univers permet toute sorte d’aventures, que ce soit fantastique ou pure aventure, avec une technologie très retro et un monde qui recèle encore des mystères et des civilisations perdues. Du bonbon pour un scénariste.

Marina Topalov, c’est comme l’élément féminin incontournable d’une série tv qui change à chaque épisode, mais qui peut revenir à un moment. Sa relation avec El Spectro est volontairement laissée à l’imagination des lecteurs. Comme disait Greg, « je préfère que les gens le sentent ou le pressentent ». Et ça respecte le style retro des années 50-60. Mais bon, on sait bien que sous le masque, il y a quand même un homme.

- Une petite révélation sur le prochain tome ?

F-A : Trans-Amazonie va avoir une séquence pré-générique qui va surprendre bien des lecteurs. Mais surtout, nous allons mettre en place des seconds rôles charismatiques. J’ai très hâte de les présenter. On va retrouver Spectro, participant à une course automobile en pleine Amazonie durant laquelle il se fera amis et ennemis. Des bagnoles, de l’action et du fantastique. Ah, j’oubliais : il y aura aussi un caméo que les fans de BD apprécieront certainement.

- Un catcheur préféré ?

El Santo, bien sûr ! Un luchador devenu héros de toute une nation, et ce en grande partie pour ses valeurs morales, ça force le respect.