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Itinéraire :

Quelques lignes sur cet épisode
Une aventure de Jonathan...
Le Songrong
Colonel Lan
Les secrets de fabrication de Cosey
Jonathan, c'est Cosey ?
Les lectures de Cosey
La série

 

 

Concours sur

durant le mois de novembre :

des albums de la nouveauté,
et tout à fait exceptionnellement :
des ex-libris et
de superbes dossiers de presse
à gagner. On vous en a gardé
quelques exemplaires...
(Mais chuuuut, n'ébruitez pas trop
la nouvelle !)

Quatre ans après son dernier album, "Celui qui mène les Fleuves à la Mer", Cosey s'implique à nouveau dans la résistance des Tibétains opprimés par la Chine de Pekin.
Jonathan est cette fois, à la recherche d'un manuscrit précieux, " Les Entretiens de Lingpa " dont il n'existe qu'un seul exemplaire.




Certains disent que ce recueil de sagesse a disparu dans l'incendie du monastère, provoqué en 1970 par les Gardes rouges, emportés par la folie de la "Révolution culturelle".
D'autres soupçonnent la onzième réincarnation de Lingpa, Tulku Lingpa XI, d'avoir sauvé le trésor des flammes et de le dissimuler en un endroit secret. Arrestation, tortures, menaces, n'y font rien : le moine ne parlera pas.
Des années plus tard, Tulku Lingpa XI parvient à fuir sa geôle, mais les gardiens l'abattent au cours de sa tentative d'évasion. Un compagnon d'infortune, moine lui aussi, devient le dernier dépositaire du secret des "Entretiens de Lingpa".
Le hasard mettra Jonathan sur son chemin. Il recueillera ses dernières paroles qui se résument à deux noms, dont celui d'un champignon récolté dans la région, le songrong…

Une aventure de Jonathan n'est jamais un combat simpliste entre les bons et les mauvais...
Bien que sur le territoire du Tibet, Jonathan évolue non loin de la frontière avec la Chine, dans ce Yunnan aux populations mêlées que seules parviennent à diviser les frontières géographiques tracées, imposées par les gouvernements.
Car au-delà du fanatisme politique et d'un endoctrinement aveugle, imposé à la population chinoise depuis 1950 et dont le Tibet reste la principale victime, des minorités persistent. Timidement, souvent au prix de leur liberté, parfois de leur vie, elles cultivent le respect de l'altérité entre ethnies chinoises, ainsi qu'avec leurs voisins tibétains. Ce qui fut le cas dans la mosaïque des peuples qu'était la Chine d'avant Mao.
La "colonel" Lan est chinoise, de même que Naxi, la vieille femme détentrice de tant de secrets, et un moine taoïste. Les siècles les ont rapprochés, l'endoctrinement veut les diviser.
Le Tibet, lui aussi, compte des minorités ethniques, fruits des transhumances séculaires. Les lignes de démarcation manquent de subtilité. Douloureuse expérience que vit Jonathan dans ce Yunnan devenu comme le fer de lance d'une idéologie dominatrice et expansionniste imposée au cœur d'une civilisation qui refuse l'éradication.

Jonathan pourra seulement recueillir les propos d'un mourant :
"Tulku Lingpa XI !... S... Songrong !"
Les songrongs sont des champignons aux vertus miraculeuses, si l'on en croit les Tibétains, toujours enclins à prendre au sérieux
les caprices de la nature.
Tulku Lingpa XI - "Les Entretiens de Lingpa" - songrong : un triangle mystérieux, à la base d'une course contre la montre entre Jonathan et
les autorités chinoises.
Libérée d'un camp de rééducation, la belle Chinoise,
la jeune "colonel Lan", revient.
Dans "Celui qui mène les Fleuves à la Mer", les lecteurs ont pu découvrir une photo du colonel Lan.
Elle existe donc réellement ?
Oui, reconnaît Cosey, comme d'autres personnages, et pas seulement dans cet album. On peut être frappé par un visage, une personnalités marquants des traits physiques. Et je les transpose, comme on utilise le physique d'un acteur pour jouer un rôle. Lan existe; je l'ai rencontrée ! Dans son cas, le rôle que je lui donne colle d'assez près à la réalité : elle dirigeait effectivement les Chœurs de l'Académie militaire de Lanzhou.



Cosey, secrets de fabrication...
L'élaboration d'un album relève d'une sorte de rituel qu'il révèle ici :

Le scénario : La première étape est continue : elle consiste à prendre des notes dans un cahier. Cela se fait à tout moment. Pendant que je dessine le treizième album, je prends des notes qui serviront peut-être pour le vingtième ou tout autre titre.
Au moment d'écrire un nouveau scénario, je fouille dans mes carnets d'idées et je reporte sur un autre carnet (le carnet n° 2) tout ce qui me plaît, ce qui résiste à la relecture.
Je prends une idée après l'autre dans le carnet numéro 2 et je les inscris sur des Post-it. Quand je discerne un fil conducteur, je colle mes Post-it sur un grand panneau, assez espacés, car à ce stade il n'y en a peut-être qu'une dizaine.
J'essaye de voir ce qui relie ces scènes. Les Post-it commencent à se multiplier. Je les déplace, j'en supprime... Je les affiche suivant l'ordre chronologique, de gauche à droite et de haut en bas, pour le développement d'une séquence ou d'une scène. Très concrètement, cela permet de ne pas déplacer un alignement horizontal si je veux intercaler une nouvelle scène !
Au bout d'un moment, un scénario s'esquisse. J'en entreprends l'écriture sur des feuilles qui se retrouvent dans un classeur, de manière à pouvoir retirer ou ajouter des pages. Le scénario est pratiquement définitif.
Je le laisse reposer pour me consacrer aux recherches graphiques des personnages et de certains éléments à préciser. A cela s'ajoute une recherche de documentation.
Pourquoi pas un petit voyage de repérages ? Quoique j'effectue souvent ce genre de recherches avant même l'écriture du scénario.
L'entracte graphique m'a permis de prendre du recul par rapport au scénario. Je le reprends et, cette fois, je le rédige en français correct - mes Post-it et mes classeurs sont écrits en "petit nègre", un langage que je suis seul à comprendre, car à ce stade seule l'idée compte. Le scénario définitif, d'une vingtaine de pages, sera présenté à un éditeur : cela doit être clair et compréhensible !

Le dessin : Je fais des croquis pour établir la composition de la page. Puis je passe à l'ébauche de la planche. Le crayonné à la pointe 0,7 b, à l'échelle 1,5 environ. Chaque case se travaille sur une feuille séparée que, neuf fois sur dix, je reporte à l'envers sur la planche définitive, à la table lumineuse.
L'encrage se fait à la plume et au pinceau. Quant à la couleur sur épreuves, gouache, posée de façon aquarellée, avec beaucoup d'eau, pour les dégradés.

Question-bateau à Cosey, en raison d'une ressemblance physique avec son personnage : "Jonathan, c'est vous ?"
Je ne sais pas si on doit répondre à ce genre de questions. Je pense que je suis l'ombre de Jonathan, son côté sombre, son côté moins lumineux. Mais il existe évidemment une relation entre l'ombre et le personnage, on ne peut pas les séparer.
Est-ce la raison de la longue absence de Jonathan, avant son retour dans "Celui qui mène les Fleuves à la Mer" ?
En tout cas, cela a été l'une des raisons de l'interruption : l'énervement. J'avais l'impression d'une supercherie, de dire aux gens : "Vous voyez, Jonathan, c'est un type généreux, un type merveilleux, et c'est moi !" Eh bien, non, pas du tout ! Ou alors, c'est moi complètement idéalisé.
Cela devenait un peu gênant, cela me crispait. Quand j'imaginais une scène, je me disais :
"Moi, je ne ferais pas ça, je n'aurais pas son courage. Même si Jonathan n'est pas un super-héros, je ne serais pas à la hauteur de ce qu'il fait la plupart du temps..." Cela devenait lourd.
Mais après onze ans, vous êtes revenu à Jonathan ?
C'est surtout Jonathan qui est revenu à moi. Et j'ai décidé de ne plus me préoccuper de ce problème. C'est comme ça. Ce qui compte, c'est de faire un bel album. Le reste est sans importance.

Les livres de Cosey

Outre "La Ballade de la Mer salée", les places d'honneur dans la bibliothèque de Cosey sont occupées par quelques titres très révélateurs.
"L'Attrape-Cœur", de Jerome D. Salinger.
"Jonathan Livingstone Seagull", de Richard Bach.
"Destins tordus", de Woody Allen. L'humour juif comme antidote à l'absurdité de l'existence.
"Le Nid des Marsupilamis", de Franquin ;"La Voiture immergée", de Tillieux ; "Tintin au Tibet", de Hergé : Mes lectures d'enfant, c'est Gil Jourdan, dont j'ai vraiment tout aimé, ainsi que Chlorophylle, Spirou et Fantasio, Johan et Pirlouit, Benoît Brisefer, Jean Valhardi, Jerry Spring... Hergé m'a moins marqué, même si avec les années j'ai éprouvé une admiration de plus en plus vive pour son travail, que je considère comme un modèle.
"Le Don de Humbolt", de Saul Bellow, l'écrivain juif de Chicago. Une manière de voir le monde et d'en supporter le poids des contradictions, des cruautés, des illusions, des absurdités - avec un certain sourire.
"Sur la Route", de Jack Kerouac, le livre-culte de la génération beatnik.

 



On ne s'étonnera pas de découvrir "Ma vie", de Carl Gustav Jung et "Voyage d'une Parisienne à Lhassa", d'Alexandra David-Neel.
Et, bien sûr, un choix de témoins des sagesses orientales et tibétaines : "Le Livre du Dedans", de Djalâl-Ud-Din Rumi ; "Bhagavad-Gita", livre de sagesse hindoue ; "Pratique de la Vie tibétaine", de Chogyam Trungpa.


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Ni héros ni anti-héros, Jonathan se laisse guider par ses émotions. Du Népal au Tibet, avec une parenthèse américaine, il poursuit un rêve indistinct et croise des êtres qui, comme lui, cherchent un sens à leur vie.

Ses valeurs ?
Le courage d'être soi-même, la liberté, l'amour, l'harmonie.
Ses douleurs ? Des aléas qu'il sublime par l'action.
Ses amitiés ? Profondes et inaltérables…

La série "Jonathan" a obtenu plus d'une dizaine
de prix et récompenses dont
"L'Alfred" du meilleur album pour "Kate",
au Festival d'Angoulême, en 1982.

JONATHAN
13 albums qui ont construit une oeuvre !


 

Textes : A. De Kuyssche et J.-L. Lechat
Graphisme du dossier de presse : S. Casier
Photo de l'auteur : J.-P. Grandjean
Photo du paysage : B. Strypens
(page réalisée en octobre 2001)