des albums de la nouveauté,
et tout à fait exceptionnellement :
des ex-libris et
de superbes dossiers de presse
à gagner. On vous en a gardé
quelques exemplaires... (Mais chuuuut, n'ébruitez pas trop
la nouvelle !)
Quatre ans après
son dernier album, "Celui qui mène les Fleuves
à la Mer", Cosey s'implique à nouveau dans
la résistance des Tibétains opprimés par
la Chine de Pekin.
Jonathan est cette fois, à la recherche d'un manuscrit
précieux, " Les Entretiens de Lingpa " dont il
n'existe qu'un seul exemplaire.
Certains disent que ce recueil de sagesse a disparu dans l'incendie
du monastère, provoqué en 1970 par les Gardes rouges,
emportés par la folie de la "Révolution culturelle".
D'autres soupçonnent la onzième réincarnation
de Lingpa, Tulku Lingpa XI, d'avoir sauvé le trésor
des flammes et de le dissimuler en un endroit secret. Arrestation,
tortures, menaces, n'y font rien : le moine ne parlera pas.
Des années plus tard, Tulku Lingpa XI parvient à fuir
sa geôle, mais les gardiens l'abattent au cours de sa tentative
d'évasion. Un compagnon d'infortune, moine lui aussi, devient
le dernier dépositaire du secret des "Entretiens de
Lingpa".
Le hasard mettra Jonathan sur son chemin. Il recueillera ses dernières
paroles qui se résument à deux noms, dont celui d'un
champignon récolté dans la région, le songrong
Une aventure de Jonathan n'est jamais
un combat simpliste entre les bons et les mauvais...
Bien que sur le territoire du Tibet, Jonathan évolue non
loin de la frontière avec la Chine, dans ce Yunnan aux populations
mêlées que seules parviennent à diviser les
frontières géographiques tracées, imposées
par les gouvernements.
Car au-delà du fanatisme politique et d'un endoctrinement
aveugle, imposé à la population chinoise depuis 1950
et dont le Tibet reste la principale victime, des minorités
persistent. Timidement, souvent au prix de leur liberté,
parfois de leur vie, elles cultivent le respect de l'altérité
entre ethnies chinoises, ainsi qu'avec leurs voisins tibétains.
Ce qui fut le cas dans la mosaïque des peuples qu'était
la Chine d'avant Mao.
La "colonel" Lan est chinoise, de même que Naxi,
la vieille femme détentrice de tant de secrets, et un moine
taoïste. Les siècles les ont rapprochés, l'endoctrinement
veut les diviser.
Le Tibet, lui aussi, compte des minorités ethniques, fruits
des transhumances séculaires. Les lignes de démarcation
manquent de subtilité. Douloureuse expérience que
vit Jonathan dans ce Yunnan devenu comme le fer de lance d'une idéologie
dominatrice et expansionniste imposée au cur d'une
civilisation qui refuse l'éradication.
Jonathan
pourra seulement recueillir les propos d'un mourant :
"Tulku Lingpa XI !... S... Songrong !"
Les songrongs sont des champignons aux vertus miraculeuses, si
l'on en croit les Tibétains, toujours enclins à
prendre au sérieux
les caprices de la nature.
Tulku Lingpa XI - "Les Entretiens de Lingpa" - songrong
: un triangle mystérieux, à la base d'une course
contre la montre entre Jonathan et
les autorités chinoises.
Libérée
d'un camp de rééducation, la belle Chinoise,
la jeune "colonel Lan", revient.
Dans "Celui qui mène les Fleuves à la Mer",
les lecteurs ont pu découvrir une photo du colonel Lan.
Elle existe donc réellement ?
Oui, reconnaît Cosey, comme d'autres personnages, et pas
seulement dans cet album. On peut être frappé par
un visage, une personnalités marquants des traits physiques.
Et je les transpose, comme on utilise le physique d'un acteur
pour jouer un rôle. Lan existe; je l'ai rencontrée
! Dans son cas, le rôle que je lui donne colle d'assez près
à la réalité : elle dirigeait effectivement
les Churs de l'Académie militaire de Lanzhou.
Cosey, secrets de fabrication...
L'élaboration d'un album relève d'une sorte de rituel
qu'il révèle ici :
Le scénario : La première étape
est continue : elle consiste à prendre des notes dans un
cahier. Cela se fait à tout moment. Pendant que je dessine
le treizième album, je prends des notes qui serviront peut-être
pour le vingtième ou tout autre titre.
Au moment d'écrire un nouveau scénario, je fouille
dans mes carnets d'idées et je reporte sur un autre carnet
(le carnet n° 2) tout ce qui me plaît, ce qui résiste
à la relecture.
Je prends une idée après l'autre dans le carnet
numéro 2 et je les inscris sur des Post-it. Quand je discerne
un fil conducteur, je colle mes Post-it sur un grand panneau,
assez espacés, car à ce stade il n'y en a peut-être
qu'une dizaine.
J'essaye de voir ce qui relie ces scènes. Les Post-it commencent
à se multiplier. Je les déplace, j'en supprime...
Je les affiche suivant l'ordre chronologique, de gauche à
droite et de haut en bas, pour le développement d'une séquence
ou d'une scène. Très concrètement, cela permet
de ne pas déplacer un alignement horizontal si je veux
intercaler une nouvelle scène !
Au bout d'un moment, un scénario s'esquisse. J'en entreprends
l'écriture sur des feuilles qui se retrouvent dans un classeur,
de manière à pouvoir retirer ou ajouter des pages.
Le scénario est pratiquement définitif.
Je le laisse reposer pour me consacrer aux recherches graphiques
des personnages et de certains éléments à
préciser. A cela s'ajoute une recherche de documentation.
Pourquoi pas un petit voyage de repérages ? Quoique j'effectue
souvent ce genre de recherches avant même l'écriture
du scénario.
L'entracte graphique m'a permis de prendre du recul par rapport
au scénario. Je le reprends et, cette fois, je le rédige
en français correct - mes Post-it et mes classeurs sont
écrits en "petit nègre", un langage que
je suis seul à comprendre, car à ce stade seule
l'idée compte. Le scénario définitif, d'une
vingtaine de pages, sera présenté à un éditeur
: cela doit être clair et compréhensible !
Le dessin : Je fais des croquis pour établir la
composition de la page. Puis je passe à l'ébauche
de la planche. Le crayonné à la pointe 0,7 b, à
l'échelle 1,5 environ. Chaque case se travaille sur une feuille
séparée que, neuf fois sur dix, je reporte à
l'envers sur la planche définitive, à la table lumineuse.
L'encrage se fait à la plume et au pinceau. Quant à
la couleur sur épreuves, gouache, posée de façon
aquarellée, avec beaucoup d'eau, pour les dégradés.
Question-bateau à Cosey, en raison d'une ressemblance
physique avec son personnage : "Jonathan, c'est vous ?"
Je ne sais pas si on doit répondre à ce genre de questions.
Je pense que je suis l'ombre de Jonathan, son côté
sombre, son côté moins lumineux. Mais il existe évidemment
une relation entre l'ombre et le personnage, on ne peut pas les
séparer.
Est-ce la raison de la longue absence de Jonathan,
avant son retour dans "Celui qui mène les Fleuves à
la Mer" ?
En tout cas, cela a été l'une des raisons de l'interruption
: l'énervement. J'avais l'impression d'une supercherie, de
dire aux gens : "Vous voyez, Jonathan, c'est un type généreux,
un type merveilleux, et c'est moi !" Eh bien, non, pas du tout
! Ou alors, c'est moi complètement idéalisé.
Cela devenait un peu gênant, cela me crispait. Quand j'imaginais
une scène, je me disais :
"Moi, je ne ferais pas ça, je n'aurais
pas son courage. Même si Jonathan n'est pas un super-héros,
je ne serais pas à la hauteur de ce qu'il fait la plupart
du temps..." Cela devenait lourd. Mais après onze ans, vous êtes revenu à Jonathan
?
C'est surtout Jonathan qui est revenu à moi. Et j'ai décidé
de ne plus me préoccuper de ce problème. C'est comme
ça. Ce qui compte, c'est de faire un bel album. Le reste
est sans importance.
Les livres de Cosey
Outre "La Ballade de la Mer salée",
les places d'honneur dans la bibliothèque de Cosey sont
occupées par quelques titres très révélateurs. "L'Attrape-Cur", de Jerome D. Salinger.
"Jonathan Livingstone Seagull", de Richard
Bach. "Destins tordus", de Woody Allen. L'humour
juif comme antidote à l'absurdité de l'existence. "Le Nid des Marsupilamis", de Franquin ;"La
Voiture immergée", de Tillieux ; "Tintin
au Tibet", de Hergé : Mes lectures d'enfant,
c'est Gil Jourdan, dont j'ai vraiment tout aimé, ainsi
que Chlorophylle, Spirou et Fantasio, Johan et Pirlouit, Benoît
Brisefer, Jean Valhardi, Jerry Spring... Hergé m'a moins
marqué, même si avec les années j'ai éprouvé
une admiration de plus en plus vive pour son travail, que je
considère comme un modèle. "Le Don de Humbolt", de Saul Bellow, l'écrivain
juif de Chicago. Une manière de voir le monde et d'en
supporter le poids des contradictions, des cruautés,
des illusions, des absurdités - avec un certain sourire. "Sur la Route", de Jack Kerouac, le livre-culte
de la génération beatnik.
On ne s'étonnera pas de découvrir "Ma vie",
de Carl Gustav Jung et "Voyage d'une Parisienne à
Lhassa", d'Alexandra David-Neel.
Et, bien sûr, un choix de témoins des sagesses orientales
et tibétaines : "Le Livre du Dedans",
de Djalâl-Ud-Din Rumi ; "Bhagavad-Gita",
livre de sagesse hindoue ; "Pratique de la Vie tibétaine",
de Chogyam Trungpa.
Ni héros ni anti-héros, Jonathan se laisse guider
par ses émotions. Du Népal au Tibet, avec une parenthèse
américaine, il poursuit un rêve indistinct et croise
des êtres qui, comme lui, cherchent un sens à leur
vie.
Ses valeurs ?
Le courage d'être soi-même, la liberté, l'amour,
l'harmonie.
Ses douleurs ? Des aléas qu'il sublime par l'action.
Ses amitiés ? Profondes et inaltérables
La série "Jonathan" a obtenu
plus d'une dizaine
de prix et récompenses dont
"L'Alfred" du meilleur album pour "Kate",
au Festival d'Angoulême, en 1982.